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« Vie Privée » de Rebecca Zlotowski
mardi 16 décembre 2025, par
La dernière Séance
Lilian Steiner (Jodie Foster), une américaine installée de longue date à Paris, y exerce comme psychiatre, accomplissant la noble tâche de soulager les âmes (faire les poubelles en somme), au sein de son coquet cabinet en face du Parc Monceau.
Mère d’un garçon (Vincent Lacoste), avec lequel elle semble toujours un peu encombrée, elle conserve de bonnes relations avec son ex-mari, ophtalmologue bonhomme et attachant (Daniel Auteuil).
Un jour, elle apprend la brutale disparition d’une de ses patientes, sans que rien ne lui ait permis d’imaginer une telle tragédie. Ce sont les risques du métier, mais quelque chose turlupine Lilian dans l’événement l’amenant à se lancer dans une aventure rocambolesque où elle embarquera son ex mari à la rescousse.
L’enquête menée par le duo se révèle très « ligne claire » (et screwball comedy) dans sa forme : il s’agit pourtant plus de s’aventurer dans les méandres de la psyché et du trauma que de poursuivre d’infâmes contrebandiers, mais on a beaucoup glosé sur Tintin en psychanalyse, donc rien de plus logique.
Au visionnage, une fois qu’on a passé l’effet « la vache, vous avez vu, y a Jodie Foster dans le bus ! », ce qui se fait très rapidement tant l’actrice est exceptionnelle, on se laisse tout aussi vite gagner par l’élégance de la mise en scène.
Tout n’est que délicatesse souriante, dans une lumière chatoyante, comme pour apaiser, au moins à l’image, la fondamentale douleur qui habite l’âme humaine.
Si le thriller psychanalytique peut sembler plus hitchcockien dans son principe, celui- ci laboure aussi les terres de la comédie du remariage et les films de Woody Allen, le sourire devance la cruauté psychique. Mais une tristesse de shtetl disparu hante le propos, teintant le film d’une profonde mélancolie.
Car ce que Lilian cherche à résoudre ailleurs
va l’amener à surtout se confronter à sa propre raideur, à ses traumas et à ses failles.
Comme dans toute vie, certains manques sont irréparables, mais il reste parfois la possibilité de poser les mots sur les maux et de s’en ouvrir ensuite à ceux qui, plus ou moins malgré eux, les ont partagés ou subis.
Sébastien Bourdon