Accueil > Francais > Cinéma > « Le Guépard » de Luchino Visconti (1963)
« Le Guépard » de Luchino Visconti (1963)
lundi 2 février 2026, par
La Force du Destin
Mai 1860, en Sicile : Garibaldi et ses troupes ont débarqué à Marsala, sonnant le tocsin d’une aristocratie vieillissante, celle à laquelle Don Fabrizio Salina appartient (Burt Lancaster).
Son neveu tant aimé, Tancrède (Alain Delon), opportuniste et charmeur, se fera fort de surfer entre les options politiques et militaires, comme entre les femmes à marier, pour se révéler lui, tout à fait adapté au monde qui vient.
Il est des films tellement ancrés dans l’histoire du cinéma qu’on pense avoir déjà un avis dessus avant de les regarder (pour peu qu’on ait lu le livre dont ils sont tirés, et cette sensation est encore renforcée).
Et pourtant, la découverte de ce classique parmi les classiques de Visconti produit encore son petit effet, indéniablement. Si le réalisateur italien a parfois pu accentuer les effets de style, on peine à redire sur l’équilibre ici admirablement trouvé.
Si à l’image tout est beau jusqu’au somptueux, cela n’efface jamais le propos, aussi amer que délicatement mélancolique.
Il en faut de la violence et du compromis pour qu’une caste soit obligée de s’abâtardir avec une autre et qu’ainsi, rien ne change, particulièrement pour les masses, quasi absentes à l’image.
De salons somptueux en batailles épiques, pour finir dans un bal : alors que la focale semble large, Visconti ne perd jamais le fil des vicissitudes humaines. Qu’il s’agisse de la cruauté des sentiments amoureux, comme de la fuite du temps.
C’est ce que contemple désabusé le vieil aristocrate, qui du guépard conserve la superbe, mais n’a plus les griffes. L’implacable venue de l’âge, laisse désemparé le fauve déclinant, bien conscient que la vie se poursuivra sans lui, son souffle devenant court.
Pour le prince, comme pour toute chose, l’effondrement est inévitable, et tout, absolument tout, en contient les prémices.
Sébastien Bourdon