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« La Chambre du Fils » de Nanni Moretti (2001)
jeudi 5 mars 2026, par
Caméra Ardente
À propos de ce film, on dit parfois que Moretti aurait procédé là à un virage, en s’éloignant un peu de lui-même et de ses lubies, quand bien même il conserve encore le rôle principal (je est donc ici un autre).
Il délaisse ici il est vrai quelque peu l’engagement politique, la fantaisie et l’onirisme, pour le drame dans sa plus pure acception.
Pourtant la première partie, où sont exposés les personnages de la tragédie à venir, est emplie de drôlerie et de légèreté. Ainsi, de Giovanni (Nanni Moretti donc) qui va spontanément danser dans la rue en compagnie d’une bande de boudhistes blancs (l’équivalent du rasta blanc, mais sans les cheveux) dans les rues d’Ancône, sourire aux lèvres.
Les seules personnes qui souffrent sont plus sûrement les patients du psychanalyste qu’il est, mais comme chez d’autres cinéastes freudiens, on prend plutôt le parti d’en rire.
Il est ainsi longuement procédé à la présentation de gens heureux, cultivés et aimants, la quintessence des bourgeois européens cultivés.
Le bel édifice se craquèle une première fois avec une accusation de vol à l’école pesant sur le fils, puis, plus tard, advient la chose la plus atroce et insupportable qui puisse frapper un humain.
La famille n’est plus que le fantôme d’elle-même, le vernis social s’est fait la malle, il n’y a plus que la douleur qui ne cesse de se rappeler à leur souvenir.
Nanni Moretti n’est évidemment pas homme à nous asséner lourdement des développements sur la résilience et la reconstruction. Il filme simplement, avec empathie, des gens qui font face, parce que l’on a guère le choix.
Cette impossibilité d’évitement va amener le psychiatre à risquer de se perdre progressivement, devenant obsessionnel et confus, ressassant ce qu’il aurait fallu faire, à imaginer ce qui aurait pu empêcher.
C’est la malédiction de l’humanité ce besoin d’explication, cette nécessité de comprendre même lorsque justement, il n’y a aucune raison à trouver, si ce n’est la fragilité de l’existence et la possibilité permanente du drame.
Et pourtant le film se refuse à s’abandonner au désespoir, la vie est bien plus surprenante que cela et finit, sans faire table rase du passé, par toujours emporter le morceau.
Sébastien Bourdon