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« Le Gâteau du Président » de Hasan Hadi
dimanche 22 février 2026, par
La plus belle Invention Humaine
1990, dans un Irak exsangue sous les sanctions internationales et les bombardements américains, Lamia (Baneen Ahmad Nayyef), une petite fille se trouve tirée au sort pour faire, à l’instar de nombreux enfants irakiens, un gâteau pour l’anniversaire du Raïs, Sadam Hussein.
Orpheline vivant chez sa grand-mère Bibi (Waheed Thabet Khreibat), au sein d’un village lacustre, avec un coq pour compagnie, la voilà face à une tâche presque impossible à réaliser, mais avec des punitions garanties en cas d’échec. Le pays n’usurpe pas sa réputation de dictature et c’est bien légitimement que les deux femmes sont gagnées par l’effroi.
Ce n’est en tout cas pas dans leur bled aquatique qu’elles trouveront œufs, farine, sucre et levure, les contraignant à se rendre en stop à la ville.
Et après avoir débuté dans le paysage presque idyllique de ces marais, la caméra nous plonge dans la cité grouillante, mais dans tout le pays, comme une menace diffuse, vrombissent dans les airs les avions américains.
L’on pourrait qualifier ce film de néoréalisme mésopotamien, il en a la rudesse documentaire, comme la beauté. Cette errance d’une enfant dans une ville pleine de pièges pourrait aussi évoquer « Le Petit Fugitif » (Ashley, Orkin et Engel - 1953).
Consciente des vicissitudes de l’existence - une orpheline dans une dictature en guerre a en effet quelques idées sur la question - la petite n’est pas forcément au fait de tous les dangers potentiels de la cité. Saeed (Sajad Mohamad Qasem), fils débrouillard d’un mendiant éclopé, l’accompagnera dans sa quête.
Obnubilée par la tâche à accomplir, elle agit avec une détermination naïve, mais ne se dépare jamais d’un instinct qui lui permet de surfer sur les chausse-trappes et dangers possibles.
Sa route ne lui faisant pratiquement croiser que des gens épouvantables, on pourrait taxer le film d’un manichéisme peut-être un brin appuyé.
Cela serait toutefois faire un injuste procès à une œuvre entièrement habitée par la grâce, à l’image de sa protagoniste, figure d’enfant qui ne s’oubliera pas aisément.
Sébastien Bourdon