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« Les Dimanches » d’Alauda Ruiz de Azúa
lundi 9 mars 2026, par
Sainte Nitouche
Anaira (Blanca Soroa) a tout juste 17 ans, vit au sein d’une famille de la classe moyenne supérieure de Bilbao. Elle et ses deux sœurs ont perdu leur mère - dont on ne saura pas grand chose, si ce n’est que grand-mère et tante paternelles ne la portaient pas dans leur cœur.
Quelque chose la travaille - ce qui est banal à cet âge - mais la concernant il s’agit d’appétences pour la vie monastique.
Évidemment, cette envie, qu’elle finit par exprimer, va provoquer de sacrés remous dans sa famille, ramenant à la surface les troubles et névroses de chacun.
Les choses se nouent et se dénouent alors autour de la table, lors des repas de famille, ou dans l’arrière cuisine, en comités plus réduits. On discute, on se préoccupe, on s’échauffe, on se dispute. Les vieilles rancœurs et les frustrations que génèrent toute communauté humaine restent hautement inflammables, il suffit d’un frottement pour déclencher l’incendie.
Le père (Miguel Garcés) a refait sa vie, et on ne sait si ça l’arrange que son aînée quitte le foyer, ou s’il ne s’oppose pas parce que l’amour justifierait tout, quelque soit sa forme.
Quant à la tante (Patricia López Arnaiz) qui voudrait que sa nièce questionne plus profondément cette décision présentée comme d’amour, elle est elle-même plongée dans les affres du doute s’agissant de son ménage, sans être très décidée sur ce qu’elle va faire.
La jeune fille semble pourtant si paisible, un peu renfermée, comme si tout glissait sur elle. En réalité, si on la secoue, elle est pleine de larmes.
La famille est sanguine et pleine d’affects aussi boiteux qu’intenses, si bien qu’en miroir la congrégation des bonnes sœurs semble sereine, mais la manipulation n’est peut-être pas loin derrière l’onctuosité de façade.
Entre ses deux mondes, ces deux éveils à l’âge adulte possibles, elle tangue doucement, presque imperceptiblement, on ne sait de quel côté elle penchera finalement.
Ni didactique, ni manichéen, le film se frotte délicatement à cette question du choix, la réalisatrice bien qu’athée se refusant à tout jugement à l’emporte-pièce.
Chacun se cognera à ses convictions intimes, ici crûment éclairées, et partagera, c’est selon, les affres et convictions des uns ou des autres.
Sébastien Bourdon