Accueil > Francais > Cinéma > « A Pied d’œuvre » de Valérie Donzelli

« A Pied d’œuvre » de Valérie Donzelli

dimanche 8 février 2026, par Sébastien Bourdon

Le métier d’écrire

Paul, séparé et père de deux enfants (Bastien Bouillon) a longtemps été un photographe à succès,. Auteur de quelques ouvrages au succès confidentiel dans une maison d’édition de prestige, nous faisons sa connaissance au moment où il décide de renoncer à peu près à tout pour écrire plus et encore.

Sa femme (Valérie Donzelli) le quitte et part vivre à Montréal avec leurs deux grands enfants (au regard de l’âge de Bouillon, il les aurait donc eu au lycée ou presque). Cette soudaine solitude, il décide donc de la mettre à profit pour renoncer à sa vie passée, et se lancer dans une économie de survie qui serait le socle d’une vie de scribe ascète.

Il s’installe dans un sous-sol qu’on lui prête gracieusement et s’inscrit sur une plate-forme de vente de main d’œuvre humaine, où l’on négocie à la baisse des prestations de travaux manuels à la dure.

Avant tout développement, précisons qu’aux deux tiers du film, on a quitté la salle, gagné par une exaspération trop grande à ce stade pour espérer qu’elle s’apaise ultérieurement.

Qu’est-il arrivé à la fantasque Donzelli pour nous pondre ce pensum d’artiste autocentré, caricatural et inconsistant ? Rien ne fonctionne, de la trame aux dialogues, le plus souvent indigents.

Si c’est un film sur l’écriture, les banalités balancées en voix-off par le protagoniste supposément en train de les écrire ne nous laissent guère d’espoir quant à la qualité de ce que cette vie de merde choisie va lui permettre de pondre.

Que dire quand son éditrice (Virginie Ledoyen) - qui attend « son grand roman »… - commence par lui expliquer que vendre cinq mille ouvrages est un modeste succès d’estime, quand de nos jours c’est la fourchette haute des ventes de livre ?

Et que dire encore de la posture de surplomb adoptée pour filmer ses proches qui s’inquiètent et s’exaspèrent, comme s’ils étaient des chiens courants du capitalisme, quand n’importe qui de sensé réagirait de même face aux choix complètement incohérents de Paul ?

Chaque scène ou rencontre tente de reproduire un schéma d’artiste incompris dans un monde incrédule, d’autant plus pénible que ce n’est pas ce qu’on voit à l’écran.

En réalité, ce personnage - qui va finir avec une coupe prévisible de moine zen - n’est pas dans l’élan artistique, mais dans la démonstration de force virile (d’ailleurs qu’il s’agisse d’évacuer des gravats ou d’arracher des buis, il ne met pas de gants, ça fait femmelette).

Le film ne fait très vite plus que hoqueter son programme, devenant aussi prévisible qu’un appel anonyme pour vous vendre un bilan auditif ou une réduction de votre facture d’électricité.

On a lu quelque part qu’un deus ex machina résout tout à la fin, pourquoi est-ce que cela ne nous surprend pas ?

Sébastien Bourdon

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.