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« Razzia sur la Chnouf » de Henri Decoin (1955)
vendredi 27 février 2026, par
French Connection
À peine descendu à Orly d’un avion qui le ramène des Etats-Unis, Henri Ferré - connu sous le pseudonyme du « Nantais » (Jean Gabin) - reprend en main une affaire de trafic de drogue, son prédécesseur dans le poste s’étant récemment fait refroidir.
Le film ne date pas d’hier, et révèle au visionnage des complexités qui n’étaient peut-être pas ressenties comme telles par le spectateur de 1955.
Ainsi et surtout, sa langue, cet argot des voyous aujourd’hui quasi disparu dans sa belle complexité. Ne serait-ce que le titre du film dont il est probable que nombreux seraient les moins de vingt ans à ne même pas comprendre de quoi on cause.
Mais ce vocabulaire ne nuit pas à la compréhension, et donne surtout à entendre une langue savoureuse au charme désuet, quand bien même on ne cause ici que crimes et châtiments.
Ce serait en tout état de cause faire un bien injuste procès à ce film que de l’enfermer dans la représentation datée d’un monde interlope.
En effet, ce qui est visé ici de manière assumée est une représentation quasi documentaire du trafic de drogue et de ceux qui l’animent, du fabricant au consommateur.
Pour ce faire, et tout nous montrer à l’image, on use de l’intrigue et de ce personnage principal venu pour reprendre la main sur le business après l’assassinat de son prédécesseur.
Menant un audit de sa petite entreprise criminelle, il veut tout voir, des hommes de main aux revendeurs, en passant les petits chimistes.
Si on y ajoute un portrait assez raide des consommateurs, nous est exposée crûment une humanité assez désastreuse.
Cette esquisse d’un monde impitoyable se fait avec une relative sécheresse, sans pathos ni effets, accentuant encore un effet de réalité assez inattendu pour un film si ancien.
L’impression de daté est ainsi vite remplacée par une sensation de justesse de ton et de représentation.
Film nerveux et sans esbroufe, ne glorifiant surtout pas la violence (Lino Ventura en tueur psychopathe), ni ne se hasardant trop à la leçon de morale, tout y est admirablement ordonné pour un polar exemplaire.
Sébastien Bourdon