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« Vice » de Adam Mc Kay (2018)

mardi 20 janvier 2026, par Sébastien Bourdon

What do we believe ?

Œuvre singulière, le film tente en deux heures et quart de temps de faire le résumé de la longue carrière politique de cette belle ordure que fut Dick Cheney : vice-président américain sous Georges Bush Jr, tristement célèbre à divers titres, ici revisités par le menu.

Il faut un peu de temps au film pour sortir d’un aspect convenu, ou peut-être pour se rendre compte de ce qu’il adopte très fréquemment le pas de côté.

Il y a en effet d’abord de quoi s’inquiéter, à commencer par l’interprète du rôle principal, Christian Bale, qui enfile les poncifs du rôle à Oscars : prise de poids pour l’occasion, jeu hyper physique, donnant l’impression qu’il ne cesse de vouloir rappeler aux spectateurs à quel point il joue bien.

Le réalisateur n’évite pas non plus les écueils du biopic : ainsi de la narration avec force événements fondateurs passés, à revisiter ensuite pour comprendre « l’homme qu’il est devenu », musique envahissante, couleurs sépias pour dater ce qui se passe, mise en scène et cadrages convenus etc.

On craint que ne surgisse pas de réelle créativité de forme, au profit d’un récit normé à l’américaine, quand avec un art consommé du montage, le film vous saisit.

Ainsi, notamment dans sa deuxième partie, celle portant sur le 11 Septembre et la guerre en Irak, le réalisateur glisse suffisamment d’humour et de dérèglements pour même s’extraire presque complètement des clichés narratifs dans lesquels il aurait pu s’enfermer.

Mc Kay parvient ainsi, par une sorte de bousculade continue, à donner une complète justification artistique et politique à son film.

Tous les développements sur la guerre en Irak finissent par rendre nauséeux tant l’abjection criminelle, corruptrice et mercantile gouverna cette opération.

Cette description de l’Amérique comme un pays gouverné par des prédateurs cyniques pourrait renvoyer à cette interview de Bowie en 2002. Il y évoquait un pays gangrené par le concept « ignorance is bliss », sans aucun intérêt ou mansuétude pour autrui, qui fonctionnerait uniquement selon le principe du « America First  ».

Plus glaçant, alors que le film n’est pas si vieux, on réalise que ses excès dans la représentation de faits passés sont la norme de l’Amérique d’aujourd’hui.

On sort de la salle de cinéma, sauf qu’on y est resté : ce qu’il y a d’outré dans l’œuvre filmée est devenu huit ans plus tard notre contemporanéité.

Sébastien Bourdon

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