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« Bronco Apache » de Robert Aldrich (1954)
jeudi 12 mars 2026, par
Le Dernier d’entre Tous
Robert Aldrich était de gauche, on dit qu’il l’aurait même été de plus en plus en vieillissant.
Sur son lit d’hôpital, mourant, il était un bloc de colère contre le système hollywoodien, contre le gouvernement, contre tout.
C’est assez beau finalement de mourir en colère, de la même manière que l’on naît en criant.
« Bronco Apache » (1954) est l’histoire d’un survivant qui, plutôt que de se soumettre, et parce qu’il ne croit même plus à la révolte, devient ce qu’on appellerait probablement un terroriste, moralement complexe à défendre.
Il traverse d’immenses territoires dans une absolue solitude choisie, et décide de n’être que fureur destructrice.
La fin est néanmoins sentimentale, mais il paraît que sur ce coup-là, on lui aurait un peu tordu le bras au réalisateur.
Le film a été tourné en une poignée de jours, avec pas un plan de trop selon Bertrand Tavernier, ce qui est difficilement contestable au visionnage.
Le spectateur contemporain trouverait sans doute à ce western des parties un peu datées (et un Burt Lancaster moins crédible en indien couvert de terracotta qu’en guépard italien).
N’empêche, il y a cette possibilité de la violence désespérée chez un homme privé de sa terre par des blancs avides et sans pitié (toute ressemblance…), que viendra in fine tempérer un beau personnage féminin (Jean Peters).
Et il y a surtout beaucoup de cinéma. Ainsi de ce plan séquence, quintessence de l’exercice : le train rempli des déportés apaches quitte la gare, la caméra filme de l’arrière du dernier wagon les enfants qui envahissent la voie, ils deviennent très vite des silhouettes au loin, la porte se ferme, une main tire un rideau, fondu sur noir enchaîné, et apparaît à l’image une carte mouvante qui retrace le long voyage que vont faire ces hommes que l’on arrache à leur terre.
A peine quelques secondes, un plan unique, et tout le malheur du monde.
Sébastien Bourdon