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« Vade Retro » d’Antonin Peretjatko
mercredi 21 janvier 2026, par
La Réunion avec un vampire
Un vampire (Estéban) qui fait le désespoir de ses parents car refusant de mordre et copuler (ou l’inverse), quand cela pourrait lui permettre d’atteindre l’âge adulte (il a 350 ans, il est temps), finit par être envoyé par ses géniteurs au Japon pour y sucer du sang pur.
Las, le bateau tombe en rade à La Réunion, et vampire et valet doivent trouver sur place de quoi sucer.
S’ensuivent des rencontres et péripéties diverses sans queue ni tête, mais avec de l’hémoglobine, où l’on croisera, en vrac, une chasseuse de vampires très énervée, une clinique promettant la jeunesse éternelle, une jolie gardienne de cimetière et son père vaguement sorcier vaudou etc.
Pendant toute la projection, on s’interroge d’abord sur ce qu’on est en train de regarder, ensuite sur ce qui est arrivé au réalisateur.
Remontons un peu en arrière pour se souvenir à quel point on a tout aimé de Peretjatko. On a d’abord été charmé en 2013 par « La Fille du 14 Juillet ». Cette improbable fantaisie érotico-comique réconciliait Jean-Luc Godard et Max Pecas (si jamais ils étaient fâchés), et nous faisait traverser une France à l’été éternel, le sourire aux lèvres.
On y découvrait en plus Vimala Pons, justifiant à ce seul titre l’existence même du film.
Est ensuite venue « La Loi de la Jungle » (2016), réunissant une nouvelle fois ladite actrice avec Vincent Macaigne, pour une aventure dans la jungle guyanaise avec de l’érotisme encore et de la causticité foldingue, cocktail de plus en plus maîtrisé par ce réalisateur.
Moins foutraque et plus cadré, dans tous les sens du terme, mais tout aussi charmant, « La Pièce Rapportée » (2020) produisait un effet intact de séduction.
Ainsi, après n’avoir jamais été déçu, on s’est pris soudainement sur la gueule ce machin qui se révèle très vite pas drôle, crispant et moche.
Le film n’est pas long mais pourtant interminable, se révélant un véritable pensum qu’on a accepté de se fader jusqu’au bout que parce qu’on ne désespérait pas de voir resurgir des amours anciennes.
Le plus triste est que cela finit par n’être même pas sympathique. Il doit y avoir un geste punk ou absolu là-dedans, mais on est complètement passé à côté.
Sébastien Bourdon