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« Un Pays qui se tient Sage » de David Dufresne

mardi 20 octobre 2020, par Sébastien Bourdon

Police Milice ?

Constat d’un certain état de la France à un moment donné, le documentaire justifie son passage en salles à de nombreux titres. Tout d’abord et surtout, il redonne à montrer la violence que ce pays a enduré pendant de nombreux mois quand, usées, les classes laborieuses ont décidé de prendre la rue à défaut du pouvoir.

Et de voir à nouveau sur l’écran les images de ces corps mutilés s’effondrant dans un paysage de guerre. Personne n’a oublié ces charges de CRS, ces collégiens à genoux les mains sur la tête, ce sbire de l’exécutif (Benalla) se déguiser en policier pour aller casser du manifestant, toutes ces séquences que l’on aurait pu croire importées d’une dictature d’Afrique ou d’Amérique du Sud.

Dans un sombre monologue, une jeune femme qui subit encore aujourd’hui les séquelles d’un violent coup de matraque porté dans son dos par un membre des forces de l’ordre, parle exactement de cela : de cette violence subie, qu’elle soit fille de la pauvreté et de mesures iniques, ou qu’elle soit simplement policière.

Le peuple de plus en plus surveillé et contrôlé a ici retourné contre les sbires de l’Etat la seule vraie arme contemporaine, la caméra. Et les images obtenues sont ici sélectionnées et montées avec beaucoup de pertinence pour que, intervenants comme spectateurs se confrontent à ce qui est arrivé près de chez nous.

C’est ici que se développe une autre des idées brillantes de ce film : ne nous sont pas données les identités et qualités des intervenants, et ce jusqu’au générique de fin. On devine parfois, on reconnaît aussi, mais cela permet de se confronter à ses propres clichés et donne une toute autre dimension aux réflexions que l’on se fait durant la projection.

Le film tourne sans cesse autour du concept de Max Weber selon lequel « l’Etat revendique le monopole de la violence physique légitime ». Mais cette assertion est-elle fondée, le contrat social est-il respecté quand la violence policière comme la violence sociale sont à ce point exacerbées ? Ce qui est légal est-il forcément légitime, et vice-versa ?

Avec ses fragilités et faiblesses - l’image dit-elle toujours la vérité ? - ce documentaire ouvre avec puissance un débat nécessaire en démocratie, en des temps qui, à tout le moins, interrogent.

Sébastien Bourdon

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