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« Un Divan à Tunis » de Manele Labidi Labbé

dimanche 23 février 2020, par Sébastien Bourdon

Printemps Freudien

Peu après la chute de Ben Ali, Selma, une jeune psychanalyste (la franco-iranienne Goldshifteh Farahani) décide de quitter Paris et d’installer son cabinet à Tunis. Si elle est d’origine tunisienne, elle n’y a jamais vraiment vécu. Les siens restés en France se demandent ce qu’elle est allée faire dans cette galère, et les locaux ne comprennent franchement pas comment on peut quitter un pays vu comme de Cocagne pour le plus ou moins joyeux bordel tunisien.

Il est vrai - et le film l’illustre fort bien - que si la jeune femme est en recherche de liens et de repères, la Tunisie devenue soudainement plus ou moins démocratique, se cherche également une voie, toute déboussolée qu’elle est par le renversement de la dictature. Selma vient ainsi symboliquement écouter la parole d’un peuple qui vient tout juste de la prendre.

La jeune femme, extrêmement décidée et volontaire, va évidemment devoir faire face à de nombreux obstacles administratifs et culturels. Éduquée dans un pays infiniment plus normé et sécularisé, elle se trouve vite la proie de méfiances ataviques et de complexités bureaucratiques absurdes.

Le film déjoue toutes les chausse-trappes possibles. Il fallait ainsi éviter de se noyer dans les clichés, même si pour être drôle, il faut parfois forcer un peu le trait. La réalisatrice Manele Labidi Labbé s’acharnant surtout à suivre le parcours chaotique de son personnage principal, elle se contente donc d’esquisser, mais assez finement, les autres protagonistes, privilégiant le comique des situations sans caricaturer outrageusement.

De même, la psychanalyse est un sujet complexe et il eut peut-être été de mauvais ton que de la filmer sous le seul angle de l’humour. Là aussi, la réalisatrice ne faillit pas, montrant la drôlerie sans ignorer pour autant le réel désarroi psychique.

Enfin, la comédie se pique d’un peu de romance, mais sans jamais verser dans le pathétique ou l’évidence. Les rôles ne sont pas définis selon des clichés datés, et se dessine un portrait de femme indépendante qui ne laisse pas dicter sa loi dans un monde nouveau (pour elle, mais aussi pour ses habitants) encore terriblement encombré par les valeurs du passé.

Mise en scène avec vivacité, fort joliment photographiée, conservant tout du long un propos subtil avec une interprétation sans failles, cette comédie ensoleillée et intelligente se révèle très enthousiasmante.

Sébastien Bourdon

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