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Philippe Katerine, la Cigale, le 17 décembre 2019

samedi 21 décembre 2019, par Sébastien Bourdon

Dessiner des Bonhommes

Ce diable de Philippe Katerine fait décidément carton plein, qu’importe les grèves, la Cigale était sold-out la veille et elle est à nouveau remplie pour un deuxième soir consécutif.

Un peu à côté, mais quand même pas mal au centre, le surréaliste chantant a brillé par une omniprésence médiatique à l’occasion de la sortie récente de son dernier album, « Confessions ». Drôles et décalées, ses seules interviews font invariablement rire et sourire, son propos oscillant entre pur pipi-caca et réelle mélancolie (ses chansons sur l’enfance sont souvent très réussies parce qu’au croisement exact de ces considérations).

Son précédent opus – « Le Film » (2016) s’était plutôt illustré par des arrangements minimalistes à base de piano et voix quand sa dernière sortie est beaucoup plus chatoyante, à base d’électro rap et sonorités pop des années 80 (l’influence de Chilli Gonzalès, d’ailleurs présent sur le disque, est indiscutable). La personnalité de l’artiste fait que l’on reconnaît quand même immédiatement sa patte, mais le moins que l’on puisse dire est qu’il s’agit d’un virage assez radical sur le plan du son (même si Katerine a toujours flirté avec la piste de danse, cf. « Louxor j’adore »).

Pour peu que l’on goûte le parfum doux-amer de l’artiste, il faut donc un temps d’adaptation pour rentrer vraiment dans ce dernier disque aussi décalé que clinquant (mais sacrément efficace au final).

L’épreuve scénique va dans cette exacte direction, la poussant plus loin encore : cinq musiciens en sus de notre Katerine national (dont trois se mettent régulièrement derrière des claviers en sus des guitares, saxophone et autre basse). Autant dire qu’il y a du volume, on en vient même à être assez déconcerté par la puissance, car on ne s’y attendait pas forcément. Comme on dit chez les professionnels du milieu, « ça joue », et vraiment bien (un sacré batteur notamment, ce qui est trop rare dans la pop française), mais peut-être un peu au détriment de l’esprit comique de l’artiste.

Ceci dit, Katerine joue avec le concept même de sa musique ici enrichie et survitaminée, interrompant ainsi les artistes pour se plaindre de ce qu’ils font carrément l’amour et que lui ne sait pas bien jouer d’un instrument.

Mais ce dispositif scénique clinquant finit aussi par friser une vulgarité qu’une économie de moyens aurait permis d’éviter (ainsi de ces gros doigts gonflables et phalliques qui selon l’ambiance se dressent ou s’effondrent et qui finissent par faire un gimmick lourdingue).

Mais même noyé sous les décibels, le personnage reste aussi lunaire qu’hilarant. Ses interventions décalées entre les chansons - notamment pour présenter un medley de chansons de quinze minutes « actuellement étudié au CNRS » - enrichissent le propos et contribuent à donner toute sa saveur à un spectacle finalement aussi dansant que poétique.

Philippe Katerine, dans des élans d’absolue comédie mélodique, nous rappelle intelligemment cette essentielle maxime qui est la sienne : « les rapports humains sont compliqués, même avec moi-même j’ai des problèmes ».

Sébastien Bourdon

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