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Bowie, affliction intacte
mercredi 14 janvier 2026, par
David Bowie m’est apparu trois fois sur scène : Parc des Princes, Zénith et Bercy.
C’était un temps de jeunesse, plus pour nous que pour lui, qui nous semblait déjà vieux, domaine où l’on apprend ensuite bien assez vite qu’il ne faut point être présomptueux.
Il n’existe pas de traces écrites de ces trois concerts : alors que dès l’enfance, j’avais commencé à recenser méthodiquement chaque sortie musicale dans des carnets, est venu plus tard un âge où l’envie d’en préserver le souvenir - ne serait-ce que pour soi - a un temps disparu.
Si l’on remonte dans le temps justement, il y avait dans ma résidence un copain plus âgé que moi qui connaissait des tas de trucs chouettes pour l’enfant que j’étais. Nos maisons étaient de formats identiques, mais il avait une télé dans sa chambre, et j’y ai vu un peu effrayé en 1980 la vidéo de « Ashes to Ashes ». Avec le recul c’est peut-être la première fois que m’apparaissait sur un écran la musique mise en images (un clip quoi).
Autre souvenir, dans un jardin, un soir d’été, entendre résonner au loin, dans une maison où une fête bat son plein, le titre « Let’s Dance ».
À la fin des années 80, cette musique renvoyait trop à des âges qu’on préférait dépasser pour creuser dans la carrière où d’ailleurs l’aîné n’était plus. Le projet Tin Machine fit ainsi long feu, mais c’est pourtant à partir de là que vont se faire les retrouvailles.
Le service militaire offrant pas mal de temps libre, et Bowie décidant de flirter avec les sonorités qui étaient nôtres en ce temps, l’album « 1. Outside » en 1995 entrouvrait une porte qu’on croyait fermée. Tant et si bien que sa discographie des 70’s jouait l’éternel retour sur la platine de ma chambre d’étudiant.
Mais c’est avec « Earthling » en 1997 que le clou était enfoncé, confirmant par un concert sus-évoqué au Parc des Princes qu’on allait l’aimer tout le restant du temps à courir.
Artiste en perpétuelle réinvention, Bowie précédait les modes, mais pouvait tout aussi bien les sublimer en les ingérant pour les faire rejaillir, indéfectiblement marquées de sa patte. Ainsi de ce moment où il sut parfaitement agencer jungle, drum and bass avec des guitares abrasives et son sens aigu de la mélodie.
On n’a ensuite jamais manqué une sortie d’album - jusqu’à sa longue disparition scénique et publique, interrompue par un surgissement discographique (« The Next Day » - 2013) - pour arriver à son éphémère et magnifique résurrection avec l’album « Blackstar », le 8 janvier 2016 : un disque, une session photo dans les rues de New York et puis, deux jours après, la mort.
Depuis qu’il a définitivement quitté la planète un 10 janvier 2016, on pourrait faire la démonstration de ce que tout a complètement merdé ici-bas (et constater qu’en artiste visionnaire, il l’avait même prévu : « I’m Afraid of Americans »).
Surtout, réécouter ses interviews, dans lesquelles sa drôlerie et son intelligence pétillaient sans cesse, fait qu’il semble humainement impossible de ne pas le regretter, presque comme un proche.
Des concerts évoqués en exergue, je me souviens notamment :
Au Parc des Princes, le 14 juin 1997, d’être dans la fosse et de ne cesser de me dire en mon for intérieur, « c’est tellement bien », littéralement fasciné par le groupe, bloc de puissance et de souplesse ;
Du Zénith, au mois de septembre 2002, ce rappel où Bowie s’élance a cappella, « I’m an alligator,
I’m a mama-papa comin’ for you,
I’m the space invader,
I’ll be a rock ’n’ rollin’ bitch for you », et la foule d’entrer en transe (à l’issue de ce concert, il aurait déclaré regretter qu’il n’ait pas été enregistré) ;
De Bercy, en octobre 2003, une sorte d’accomplissement esthétique, tout était si beau et élégant, symptomatique de la capacité qu’avait cet homme d’ouvrir les portes de la perception.
Puis, plus rien, jamais.
Quand j’entends sa voix, aujourd’hui comme hier, j’essuie une larme mélancolique. Le teeshirt est usé, mais « I still miss David Bowie ».
« Where are We Now ? »
Sébastien Bourdon