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« Marty Supreme » de Josh Safdie
vendredi 13 mars 2026, par
A Man’s World
New York 1952, Marty Mauser, un jeune vendeur de chaussures se rêve champion international de ping-pong (Timothée Chalamet).
Pas dénué d’ambition, le gamin entend se colleter avec ses adversaires dans des compétitions internationales aux antipodes, sans le sou pour s’y rendre et sans appréhender des codes qui lui échappent totalement.
Mais comme c’est l’Amérique, il y croit dur comme fer, ne doutant pas même une seconde d’y parvenir.
Simplement, ici ce n’est pas franchement le pays des espérances et des rêves, l’ambiance est beaucoup plus terre à terre, on est en territoire ashkénaze à Brooklyn. Aussi, à peu près tout ce qu’entreprend ce jeune coq dans une agitation continue vire au désastre, mettant chaque fois un peu plus de distance avec son objectif.
À la femme qui l’aime (Odessa A’zion), aussi absurde que lui dans ses décisions, il répond sèchement que contrairement à elle, lui a un projet (elle en a un aussi, mais il est sentimental).
Imbu de lui-même jusqu’à en être tête à claques, il prend évidemment les baffes et fessées qu’il mérite, payant au prix fort son arrogance qui confine à la mythomanie.
Que dire de ce produit qualitatif formaté déguisé en film indépendant ? D’abord qu’on ne nous la fera pas, cela sent la course aux Oscars dès la première seconde de visionnage.
Il est évident que, comme Marty dans la fiction filmée, toute l’équipe du film est là pour gagner. C’est la force et la grande faiblesse de l’œuvre tout à la fois.
Si l’on ose beaucoup sur le plan narratif et filmique, jouant l’excès de péripéties invraisemblables à jets continus, on ne s’embarrasse en revanche surtout pas d’un début de complexité des caractères.
Ce qui meut ces personnages, on s’en tamponne, ce n’est pas le sujet. Ainsi du rapport à la mère, sans cesse effleuré pour n’en surtout rien tirer. Il faut que ça file, que ce soit sans cesse trépidant, et ça l’est pendant près de deux heures trente, sans mollir.
S’agitent donc - avec talent - sur l’écran des pantins vides, pas de trace de psychologie, de psyché, de profondeur, de réflexion, on est là pour nous distraire. Et l’absence d’audace dans la résolution finale est terriblement prévisible.
Il faudrait avoir mauvaise grâce - ce qui est autorisé - pour débiner complètement le film tant il est picaresque et vivace, mais à la fin, on ne s’est pas attaché à grand chose, on s’est juste laissé porter, confortablement assis sur son siège.
Nota bene musical : étonnamment, la BO joue l’anachronisme avec l’époque des faits, on y entend Peter Gabriel ou Tears for Fears, quant au morceaux originaux, on les croirait produits par Hugh Padgham. Mais ça fait le job, comme tout le monde ici finalement.
Sébastien Bourdon