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« Que la Bête Meure » de Claude Chabrol (1969)
vendredi 23 janvier 2026, par
Parler au Présent
À l’ouverture du film résonne le chant de la contralto Kathleen Ferrier, donnant à un montage parallèle de plans de plage bretonne et de voiture qui file sur la route, la gravité qui bientôt va s’imposer.
Le véhicule, tel un corbillard projeté à pleine vitesse vers un implacable destin, avance vers l’enfant au ciré jaune qui remonte de la mer pour y rencontrer la mort.
On n’entendra du conducteur dans sa fuite qu’un « ta gueule » lancé à la femme qui l’accompagne, hurlante après le choc.
Écrasé de chagrin, le père de l’enfant, Charles Thenier (Michel Duchaussoy), ourdit de trouver et tuer le responsable du drame, la mort de son fils l’a frappé si profondément qu’il semble quant à lui avoir déjà un pied dans la tombe.
Après bien des efforts et un peu par hasard, il va trouver celui qu’il cherche, utilisant l’affection que lui porte la belle-sœur (Caroline Cellier) pour entrer ensuite incognito dans son cercle familial.
Pour la première rencontre, il patiente avec les autres convives dans le salon de la bête, où la platitude des conversations dans ce décor figé pourrait laisser penser à une représentation théâtrale d’avant-garde.
Alignés comme à la parade, tous attendent la brute, et à partir de son entrée en scène, par la confrontation presque irréelle avec ce parfait salaud (Jean Yanne), le film sort de sa neurasthénie brumeuse et glacée.
On n’est pas déçu : il débine le plat du jour, pelote en douce les cuisses de la bonne, tente de faire rire la tablée en lisant à voix haute les poèmes piqués en douce à sa femme, et finit par balancer de la bouffe à la tête de son gosse parce qu’il a renversé son verre.
Si prodigieux soit Jean Yanne dans cette abjecte composition, les personnages comme les situations deviennent alors trop appuyées pour que cela soit complètement convaincant (mais s’y glisse une efficace causticité, typique du cinéaste).
Porc magnifique, auquel même aucune femme du foyer n’a résisté, il est, si l’on n’ose dire, trop beau pour être vrai. « Caricature de l’homme parfaitement mauvais tel qu’on n’espère pas le rencontrer dans la réalité » comme le note dans son carnet celui qui veut sa peau.
Dans la dernière partie du film, l’écriture renoue avec une plus grande finesse : viennent se nicher dans les dialogues des questionnements philosophiques chabroliens (et c’est Maurice Pialat qui fait l’acteur, ce qui ne gâte rien) doublés de rebondissements qui maintiennent une attention constante jusqu’au dénouement.
Sébastien Bourdon