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« L’aventura » de Sophie Letourneur (2025)

dimanche 4 janvier 2026, par Sébastien Bourdon

Au bord de la crise de nerfs

Partant de son vécu dix ans plus tôt, Sophie Letourneur décrit un tour improvisé de la Sardaigne - quelle folie - par un couple (la réalisatrice et Philippe Katerine) et leurs deux enfants, une pré ado née d’un premier mariage de la mère et leur petit garçon.

Ayant à l’époque enregistré ses propres vacances, elle réutilise ce matériel sonore, à charge pour les comédiens de le restituer - à l’oreillette (en sus de scènes de pure fiction).

À l’image, la jeune fille est l’oreille, enregistrant sur son téléphone les repas où l’on tente de se remémorer les journées passées : ces vacances en famille où on ne fait pas grand chose si ce n’est une foultitude de gestes inintéressants qui se perdent dans l’exaspération et la chaleur.

Une sourde fatigue plane sur le quatuor, une menace, quelque chose va s’achever, on le sent, et c’est évidemment le couple.

L’enchaînement de saynètes de la vie de famille en vacances, ce néant attendrissant, masque mal cette inéluctable issue.

Cernés par les enfants, tout dialogue entre adultes est impossible, ne survivent entre eux que les tensions de ce quotidien qui porte si mal le nom de « vacances ». D’ailleurs, le père/beau-père ne cesse de s’esquiver, tout prétexte étant bon à s’isoler, à prendre la tangente.

Le film est sidérant de naturel, on est dans le soleil et les corps, ce qui est d’autant plus bluffant qu’il est aussi le produit - dixit la réalisatrice - d’un « vrai travail de fabrication ». Philippe Katerine qualifiera à juste titre la méthode de Sophie Letourneur de « hold-up du réel ».

Le montage est également audacieux, l’action se déplaçant d’avant en arrière dans le temps pour inlassablement revenir aux scènes où la jeune fille enregistre avec les siens la narration de leurs journées.

À la fin, le film produit un effet miroir et on ne regrette pas que les enfants aient grandi, même si ça n’interdit pas parfois une paradoxale mélancolie.

Sébastien Bourdon

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