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« Father Mother Sister Brother » de Jim Jarmusch
lundi 12 janvier 2026, par
Family Business
Jim Jarmusch, jeune homme de 72 ans, n’en est pas à son premier essai, s’agissant du film à sketches (« Stranger than Paradise » - 1984, « Coffee and Cigarettes » - 2003). Tout tourne cette fois autour de la famille et de ses contrariétés.
Au programme, trois lieux et trois configurations différentes, comme l’indique le titre : frère, sœur et père ; sœurs et mère ; frère et sœur.
Nous voyagerons ainsi du New Jersey à Paris, en passant par Dublin. Il y sera invariablement question des relations tranquillement complexes et pesantes entre des enfants et leurs géniteurs, l’ultime histoire évoquant leur disparition définitive.
Si les personnages et les situations par essence diffèrent, chaque sketch est relié par des détails, narratifs ou esthétiques : un voyage en voiture, la couleur des vêtements, l’utilisation d’une expression idiomatique, les boissons ingérées par les protagonistes etc.
Ce procédé fonctionne avec plus ou moins de bonheur, au risque de sembler parfois un peu forcé.
Le premier segment du film est probablement le plus réussi des trois, celui où le dosage d’humour et de subtile cruauté se révèle parfaitement équilibré, grâce notamment à un casting parfait : Adam Driver et Mayim Bialik jouant les enfants empêtrés d’un père déconcertant interprété par un formidable Tom Waits.
Le sketch suivant est nettement plus grinçant, mais relève plus de l’exercice stylistique, interdisant une approche subtile des rapports délicatement toxiques existants entre cette mère rigide (Charlotte Rampling) et ses deux filles (Cate Blanchett et Vicky Krieps).
On salue l’effort et l’interprétation, mais on passe possiblement un peu à côté de ce que pourrait recéler l’histoire.
Les choses se corsent, mais pas en bien, avec la troisième historiette, d’un vide abyssal. Un frère et une sœur vont débarrasser l’appartement parisien de leurs parents, brutalement décédés.
Si l’idée est probablement de nous montrer combien même disparus, les géniteurs restent envahissants, le néant des conversations et situations interdit toute empathie, générant surtout un insondable ennui.
Sur un mode plus anecdotique, on relèvera que, dans un élan touristique béat, Jim Jarmusch filme un Paris que l’on pourrait traverser en automobile à toute berzingue, imaginant même que l’on puisse s’y garer à volonté pour entrer dans un café.
Sébastien Bourdon