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« Illusions Perdues » Pauline Bayle - Espace 1789 le 30 janvier 2020

dimanche 2 février 2020, par Sébastien Bourdon

La Ville Tentaculaire

Hasard du calendrier, « Les Illusions Perdues » à l’espace 1789 succédaient dans l’agenda au « Conte de Noël  » aux ateliers Berthier. Dans les deux cas de figure, les metteurs en scène se frottaient à l’adaptation de textes qui n’étaient pas à l’origine destinés au théâtre. Pauline Bayle prenait ainsi ses libertés avec un classique de la littérature (Balzac), quand Julie Deliquet faisait monter le cinéma sur les planches (Arnaud Desplechin).

La critique était dithyrambique s’agissant de la revisite du film de 2008 par Deliquet quand nous n’avions pas été emballé par la précédente mise en scène de Bayle à Saint-Ouen (Cf. Chronique : https://www.soundsmag.org/Chanson-Douce-de-Leila-Slimani-adaptation-de-Pauline-Bayle-Espace-1789-le-14). On attendait donc plus de l’une que de l’autre et c’est finalement l’inverse qui s’est produit.

Le cinéma, art assez visuel finalement, peut se permettre techniquement un développement subtil des relations et des caractères, notamment par l’usage du gros plan, offrant aux acteurs la possibilité d’exprimer beaucoup avec peu de gestes. Au théâtre, sauf à jouer essentiellement pour les spectateurs des premiers rangs, c’est plus compliqué et rend souvent nécessaires emphase et gestuelle renforcée. Le Conte familial de Despleschin souffrait ainsi d’un jeu trop souvent outré et lourdement signifiant, rendant l’ensemble parfois crispant et indigeste nonobstant un dispositif scénographique passionnant.

Le risque de trop plein pesait également sur l’adaptation du classique de Balzac : sept-cents pages et soixante-dix personnages, le tout pendant près de trois heures. Rien n’en fut et même au contraire, cette adaptation minimaliste et audacieuse, sans entracte, a souvent frôlé la perfection.

Peu d’acteurs pour jouer tout ce monde, chaque comédien devant ainsi interpréter plusieurs personnages, n’usant le plus souvent que d’un rapide et subtil changement de garde robe (une chemise, des chaussures...) pour se mettre dans la peau d’un autre. Nous ne fûmes pourtant jamais déconcertés, suivant les protagonistes, découvrant de nouveaux intervenants, sans jamais perdre le fil du récit dans tous ces développements narratifs pertinents et cruels.

Lucien de Rubempré quitte Angoulême pour Paris, ses sonnets sous le bras, pour faire fortune dans la littérature (il eut attendu quelques décennies, il aurait peut-être réussi sur place dans la bande dessinée).

Découvrant un monde des lettres parisien particulièrement rude et cruel, il décide de jouer le jeu, aimant et trahissant à tour de bras, telle une infernale girouette. Ce tourbillon l’amènera à la chute, mais même au fond du puit, il tentera à nouveau de rebondir selon le même schéma, les expériences cruelles passées se révélant ne lui avoir rien appris.

La mise en scène de cette découverte du cynisme absolu est aussi sobre qu’inventive, ainsi des acteurs qui surgissent au milieu des spectateurs, quand une partie de ces derniers se trouve installée sur la scène.

Guère de facilités contemporaines, et c’est heureux, si ce n’est le héros qui est interprété par une femme (qui surjoue peut-être parfois un peu la masculinité).

La qualité de la représentation ne souffre guère de moments de faiblesse, et on se trouve parfois comme estomaqué par la beauté et l’audace de certaines scènes : ainsi de passages déclamés dans une quasi obscurité, ou le surgissement soudain de la musique et de la danse, restituant en quelques pas martelés sur le sol toute la folie et la beauté du monde.

Sébastien Bourdon

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