Accueil > Francais > Cinéma > « Vincent, François, Paul et les Autres » de Claude Sautet (1974)

« Vincent, François, Paul et les Autres » de Claude Sautet (1974)

mardi 12 mai 2026, par Sébastien Bourdon

Homme au bord de la crise de nerfs

Vincent (Yves Montand) est un homme pressé (si ce n’est pressurisé) : il dirige une entreprise de mécanique, débute une procédure de divorce (Stéphane Audran) et noue une idylle complexe avec une jeune femme (Ludmila Mikaël).

S’il porte beau, on sent quand même qu’entre ses déboires sentimentaux et sa boîte sans cesse au bord du gouffre, Vincent rame, s’épuise, et sans que son entourage ne réalise forcément la gravité de sa situation.

Tout à sa virile pudeur, il dissimule au mieux son anxiété à ses proches, et notamment à ses amis François (Michel Piccoli) et Paul (Serge Reggiani), eux-mêmes confrontés à des difficultés personnelles pesantes : mariage qui se délite chez le médecin reconnu, et cruelle perte d’inspiration pour l’écrivain.

Le titre du film laisserait à penser que l’on se penchera sur le sort - dont on imagine qu’il sera plus ou moins sombre - de vieux mâles blancs, les personnages féminins faisant alors plutôt tapisserie.

Et pourtant, tout tourne autour d’elles, ainsi de Vincent qui a tant de mal à les retenir parce que, justement, contrairement à lui, elles tranchent. Claude Sautet disait : « C’est dans les personnages féminins que j’arrive à m’exprimer avec le plus de facilité. Sans doute à cause de leur besoin d’action, leur plus grand courage, leur intrépidité même ».

Mais Vincent n’a donc pas que des peines de cœur, il a aussi de réelles inquiétudes économiques, les traites s’accumulent et la trésorerie fait défaut, le réalisateur capturant là, sans le savoir peut-être, les derniers feux des Trente Glorieuses.

On relèvera que le personnage tient beaucoup de Claude Sautet : « la vulnérabilité, l’instabilité, l’angoisse  » (même si les éruptions de colère, dont le réalisateur était notoirement familier, sont ici plutôt jouées par Piccoli, ainsi de l’inénarrable scène du gigot du dimanche).

Vincent, cet italien d’origine - comme ses deux amis, dans le film comme dans la vraie vie - parfaitement intégré économiquement, perçoit crûment le risque du déclassement, particulièrement insupportable lorsque l’on a réussi à s’extraire de la pauvreté des origines.

Adapté d’un roman de Claude Néron au titre trompeur - « La Grande Marrade  » - le film n’a de daté que les volutes de cigarette et les traversées de Paris en voiture.

Tout le reste, la valse des sentiments, la difficulté d’être, la peur de ne plus être aimé… parlera à quiconque a un peu vécu et désiré, la vie n’étant pas moins rude avec un Côte du Rhône qu’avec un thé matcha.

Surtout, Sautet insiste, film après film, quoique l’on prévoit, nos existences restent invariablement déroutantes. Comme le dit Vincent : « On ne sait pas avec la vie ».

Sébastien Bourdon

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.