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« Umberto D. » de Vittorio de Sica (1952)

mercredi 6 mai 2026, par Sébastien Bourdon

Seul dans la Foule

En arrière-plan du générique d’ouverture, dans une rue romaine, un rassemblement de retraités en colère en appelle à la revalorisation de leur pension.

On pourrait croire qu’ils font masse dans leur revendication commune, mais vite dispersés par une maréchaussée en jeep, leurs derniers échanges avant que chacun vaque de son côté, attestent de ce qu’ils ne sont pas tous si mal lotis, quand bien même ils seraient logés à la même enseigne.

Umberto Domenico Ferrari (Carlo Battisti) court après les lires, qui ne se dégotent que par liasses, et pourtant démonétisées si vite. Il a accumulé des impayés de retard auprès de sa logeuse, sorte de Castafiore sans cœur, se moquant comme d’une guigne de la misère du vieil homme. Elle reloue même ponctuellement sa piaule à des amoureux de l’après-midi, il n’y a pas de petits profits.

Umberto a un drôle de petit chien, Flicke, qui le suit partout, prodiguant au vieil homme une affection que ses semblables humains semblent pour la plupart incapables de donner.

La seule personne douée d’un peu d’empathie avec Umberto est Maria (Maria-Pia Casilio), la bonne de la propriétaire, enceinte des œuvres d’un soldat (mais lequel, elle l’ignore elle-même). Cette relation amicale dénuée de toute ambiguïté sexuelle, mais constitutive d’une affection réelle entre deux êtres aux âges éloignés, rappelle celle existant entre Kanji et Toyo dans « Vivre » d’Akira Kurosawa (1952), film sorti la même année.

Pour ne pas être expulsé, le vieux bonhomme à l’élégance intacte, cherche à se remplumer par tous moyens (vente de ses maigres biens, jusqu’à presque faire l’aumône), afin de réunir le montant qui le libérera de sa dette.

Héros d’un triste quotidien, celui d’un petit peuple romain exsangue, il se heurte à mille rebuffades et vexations, au cours de journées cruelles et harassantes qui pourraient l’amener à une solution définitive.

L’histoire de ce vieux monsieur qui chute, mais qui sans cesse se redresse, la présence du chien à ses côtés, la musique, voilà qui pourrait évoquer l’œuvre de Chaplin, mais l’humour est ici réduit à l’os (le néoréalisme italien ne s’est il est vrai pas distingué dans l’histoire du cinéma par le burlesque).

Si le Kid est un enfant avec la vie devant lui, Umberto est au crépuscule d’une existence qui n’aura presque jamais cessé d’être cruelle.

Sébastien Bourdon

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