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« Juste avant la Nuit » de Claude Chabrol (1971)
jeudi 16 avril 2026, par
L’amour simple et clair
A l’occasion d’un jeu sexuel un peu poussé, Charles (Michel Bouquet), père de famille et chef d’entreprise, tue la femme de son ami François (François Périer), avec laquelle il poursuivait une relation adultérine.
Il commence par fuir son crime, en tout cas les lieux où il a été commis puis, progressivement, la culpabilité l’envahit. Et alors qu’il s’ouvre à ses proches de l’abomination qu’il a commise, il réalise que cette histoire, tous souhaitent qu’elle connaisse le même sort que la défunte : qu’elle soit enterrée.
Tout est lisse dans ce monde, comme poli par l’esthétisme, la culpabilité qui dévore progressivement le personnage ne semble jamais imprégner les lieux, comme ceux qui les occupent.
A cette ténébreuse affaire, il faudra pourtant bien trouver une solution, et cela ne devra pas ébranler les convenances bourgeoises, qui survivent, même dans l’architecture moderne et les métiers du siècle (agence de pub).
Claude Chabrol s’attaque ici à une bourgeoisie presque parisienne : elle vit en grande banlieue arborée, mais travaille à la capitale.
Les décors hyper contemporains du domicile contribuent à entretenir l’impression de glaciation. Tous vont a posteriori contribuer froidement au crime, au sens où personne ne souhaite que le confort quotidien soit perturbé par l’aveu. Seul l’assassin est troublé, frappé jusqu’au mystique par son geste.
Si la bourgeoisie accepte la disparition des siens, y met les formes, elle reste convaincue jusque dans l’abjection qu’il faut que rien ne bouge, souhaitant simplement que « Dieu ait pitié de nous », en ayant d’ailleurs l’intime conviction.
Sébastien Bourdon