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« Les Rayons et les Ombres » de Xavier Giannoli

mercredi 29 avril 2026, par Sébastien Bourdon

Glaire Epais

Jean Luchaire (Jean Dujardin) et sa fille Corinne (Nastya Golubeva) souffrent du même mal, la tuberculose. Cette pathologie mortelle s’attaque à leur souffle, métaphore très signifiante de l’air qui va progressivement leur manquer.

Luchaire était un journaliste plutôt du centre (« qui n’est ni à gauche ni à gauche », comme le disait François Mitterrand), radical-socialiste attaché à la réconciliation franco-allemande.

Par ailleurs coureur invétéré, dépensant sans compter un argent qu’il n’avait pas, il a fini par verser complètement du côté obscur. Usant et abusant de ses liens d’amitié avec l’ambassadeur d’Allemagne à Paris, Otto Abetz (Auguste Diehl), il entre vigoureusement dans la collaboration, tendance champagne et arrangements financiers, son travail de journaliste lui permettant même de diffuser la mauvaise parole.

Parallèlement, sa fille écervelée aux rêves de celluloïd commence à se faire un nom dans le cinoche.

C’est par la voix fatiguée de cette dernière, après-guerre, que nous est raconté dans le détail ce compromis absolu avec la morale qui mènera ces deux protagonistes au désastre (somme toute assez mérité, le film ne cherchant pas franchement à nous attendrir, même s’il n’est pas dénué d’une certaine empathie pour ces guignols tragiques).

Pas de mystère sur leur sort, il est révélé dès l’ouverture, en revanche, avec une certaine subtilité narrative - moins flagrante dans la façon de filmer, très démonstrative - on comprend comment dérapent ces personnages : par le dévoiement de convictions idéologiques (d’abord aux antipodes du nazisme), mais surtout par des exigences matérielles qui vont les perdre.

Le film, si long soit-il, ne s’embarrasse ni de dates, ni d’explications historiques, nous sommes au plus près des personnages. On vogue, entre deux séances de rédaction au journal, de fêtes en réceptions, comme si la guerre n’existait pas, alors que cela ne fait pas de doute : à l’ambassade d’Allemagne, c’est le bal des maudits qui bat son plein.

À l’inverse du « Lacombe Lucien » de Louis Malle (1974) qui racontait la collaboration d’un gueux, venu là-dedans comme il aurait pu être ailleurs, Xavier Giannoli s’attache aux pas d’une certaine bourgeoisie qui va se compromettre en espérant conserver ses privilèges.

Évidemment, Luchaire, tout opportuniste et hédoniste qu’il soit, avait quand même un semblant de morale, qui n’en sortira pas sauve, quoiqu’il raconte à lui-même comme aux autres.

La réalisation de Giannoli n’est pas dénuée de qualités, mais elle manque de subtilité. Ainsi de cette manière d’annoncer les événements : un personnage surgit et on comprend instantanément que c’est par lui qu’arrivera, c’est selon, l’amour, le scandale, la mort etc. La vie ne nous donne pas si facilement d’indicateurs précis, le procédé à l’écran finissant par être pesant à la longue (d’autant que la musique omniprésente en rajoute une couche).

En revanche, ce serait faire un bien mauvais procès que de taxer Giannoli de complaisance avec ses personnages. Il nous les montre se débattre avec leur semblant de morale, leur petitesse et leur ego. Le réalisateur rappelle seulement la banalité du mal, ce sont des humains lamentables, comme il en existe tant, n’entraînant aucune sympathie possible du spectateur.

Reste que cela fait quand même plus de trois heures à côtoyer des gens sordides, et on les quitte sans regrets.

Sébastien Bourdon

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