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« Juste une Illusion » d’Olivier Nakache et Eric Toledano
samedi 2 mai 2026, par
Un Autre Monde
1985, dans une banlieue parisienne modeste, les festivités organisées pour la bar mitzvah du jeune Vincent (Simon Boublil) se précisent.
Le quatuor familial est sous tension : Yves Dayan, le père (Louis Garrel), dissimule tant bien que mal qu’il est au chômage, son épouse Sandrine (Camille Cottin) s’exaspère de tout et aspire à autre chose, et Arnaud, le fils aîné (Alexis Rosenstiehl), se délecte de new wave entre deux escapades nocturnes.
Le petit dernier sent bien que cet âge qui vient ne se résumera pas seulement à cette sauterie religieuse, mais aussi à des changements en lui et dans sa lecture du monde. C’est finalement assez banal : il va quitter l’enfance.
Il y a donc bien là un fil narratif classique (« coming of age story »), mais la progression de l’intrigue se fait essentiellement par une succession de saynètes plus ou moins drôles, qui s’enchaînent à toute berzingue.
Cela ne manque pas de rythme, mais tout ce qui se succède à l’image n’est pas de qualité égale : si l’ennui ne guette pas, c’est parfois terriblement prévisible et téléphoné.
Le film n’est jamais meilleur que lorsqu’il cesse d’essayer de ressembler à un remake de « La Boum » - dans son pendant séfarade et masculin - pour glisser vers un humour plus échevelé, sans souci de crédibilité, et en se détachant un peu de sa volonté farouche de recréer une époque.
Parce que c’est d’abord ça qui se voit à l’image, et en appuyant fortement sur les couleurs : du badge « touche pas à mon pote » au blouson Chevignon, en passant par la photo d’identité de la collégienne inaccessible au passage par le video-club, il ne manque pas un détail pour se croire en 1985 (ceux qui y étaient savent).
L’effort porte souvent, mais pas forcément sur la forme, la couleur lourdement sépia renvoie plus à une imagerie publicitaire qu’à une fidèle reconstitution (la sobre grisaille retenue par Stéphane Demoustier dans « L’inconnu de la Grande Arche » était ainsi bien plus convaincante à restituer ce temps).
C’est plutôt sur le fond que le film laisse joliment traîner une certaine mélancolie, au-dessus des clichés. On caricatura beaucoup ce temps en parlant d’années fric, mais il semble à l’écran - comme dans nos souvenirs - que l’on vivait mieux et plus tous ensemble, prompts même à se dresser pour que cela reste ainsi. On ne peut écarter la possibilité que nous ayons échoué à préserver cela, ce que semble amèrement suggérer le titre du film.
Sébastien Bourdon