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« Les Choses de la Vie » de Claude Sautet (1970)

dimanche 26 avril 2026, par Sébastien Bourdon

Ce qu’on dit, ce qu’on fait

En 1970, on dénombre 228 050 accidents corporels de la circulation en France métropolitaine. 15 036 personnes y ont laissé la vie dans les six jours qui ont suivi leur accident.

C’est sur ces exactes circonstances, après le crash d’un véhicule sur une route de campagne, que s’ouvre le film, une caméra agile recueillant sur place les propos des mis en cause (Bobby Lapointe), témoins et badauds. Puis la pellicule part en arrière et remonte le temps.

Pierre (Michel Piccoli), architecte dans la quarantaine, fonce au volant de son Alfa-Romeo vers la Bretagne pour un rendez-vous professionnel. Au cours de ce trajet, il tente de faire in petto un point sur sa situation amoureuse, légèrement complexe mais pas insoluble.

À ce moment de sa vie, une histoire s’achève, une autre commence : la séparation d’avec Catherine, son épouse (Lea Massari) et mère de son fils, semble se faire sur un ton encore complice, et être plutôt marquée par la nostalgie des jours heureux, entre Paris et l’île de Ré.

Débute parallèlement une relation avec Hélène (Romy Schneider), promesse d’intensité sensuelle et complice, mais avec toujours la possibilité d’une crise, à la hauteur de la vigueur des sentiments.

C’est après un moment de frottement entre eux qu’il a pris la route de nuit pour ce déplacement à Rennes : une incompréhension entre les amants, née d’un voyage à deux auquel il a renoncé abruptement pour du temps qu’il veut passer avec son fils. Hélène se fâche exagérément, y voit les signes avant-coureurs d’une fin annoncée, et sur des mots cruels s’achève la soirée : « Tu m’aimes parce que je suis là. Mais s’il faut traverser la rue tu es perdu. »

Claude Sautet ouvre ici magistralement la porte du cinéma sensible et accessible qui fera sa marque de fabrique, jusqu’à ces derniers tours de caméra vingt-cinq ans plus tard.

En effet, ce premier renoncement à son genre de prédilection jusqu’alors - le polar - se fait immédiatement sur un mode majeur. Si l’on excepte la cigarette omniprésente, rien n’a vieilli pour la simple et bonne raison qu’il y aura toujours des gens qui s’aiment et que c’est affreusement et merveilleusement compliqué.

Film ramassé - 89 minutes d’une grande exigence intellectuelle et sensible - il se pique de surcroît d’un montage audacieux avec des inserts de l’accident, des flash-backs et des séquences de songes. Et on ne s’y perd jamais, faisant corps avec l’essentiel, la valse des sentiments.

Cette maîtrise artistique ne tient donc jamais à distance le spectateur. Le succès des films de Sautet rappelle combien ce cinéaste atrabilaire était capable d’allier un cinéma exigeant avec les attentes d’un public nombreux. Il reste probablement à ce jour inégalé dans l’exercice.

Claude Sautet disait : « les choses n’arrivent jamais comme on croit. C’est le sujet de tous mes films » (« Conversations » Michel Boujut - Actes Sud). Mais ce n’est pas une raison pour y renoncer, ce à quoi s’attachent ses personnages.

Sébastien Bourdon

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