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Une année de cinéma (2022)

mercredi 14 décembre 2022, par Sébastien Bourdon

Le numéro de décembre des Cahiers du cinéma se demande qui veut la peau du cinéma français. En tout cas pas moi, car en recensant mes chroniques, je constate avoir essentiellement vu des films français.

On ne fait pas chronique de tout et je me souviens d’au moins un film espagnol qui n’a pas été commenté par mes soins, faute de temps, mais qui n’était pas déshonorant sans être ébouriffant : « El Buen Patron » de Fernando Leon de Aranoa. Mais pour ce qui est de ce pays, c’est clairement l’étouffant « As Bestas » de Rodrigo Sorogoyen qui justifiait de se creuser les méninges pour trouver un truc à en dire tant le film était brillant.

On aurait pu aussi parler d’un film italien, « Les Aventures de Gigi la Loi » (Alessandro Comodin), au dispositif expérimental intéressant, mais tellement elliptique qu’il valait surtout pour la musicalité de la langue et des accents de la Vénétie et du Frioul.

Il y a donc essentiellement des films français dans cette liste, ce qui sera parfaitement représentatif de cette année en salle obscure.

Toutefois, le film qui m’a semblé offrir la plus belle possibilité de cinéma au sens large (comme l’écran) est « Nope » de Jordan Peele et donc américain. Il y a eu là une possibilité de magie du 7ème art qui ne nous avait pas été offerte depuis longtemps, j’en ai pleuré lorsque le film s’est achevé. Comme un retour aux origines, j’ai cru voir sortir de la créature extraterrestre les ouvriers des Usines Lumières. Un pur moment de mélancolie enthousiaste, quoi de meilleur.

Cette année, on aura levé haut son chapeau à Louis Garrel qui aura réalisé une comédie drôle, élégante et intelligente, « L’innocent » et sauvé, à chacune de ses apparitions, « Les Amandiers » (Valeria Bruni-Tedeschi) du naufrage. Ce type est finalement assez beau pour être honnête.

Blanche Gardin, en version éteinte mais pas moins cynique, était parfaite dans un film qui ne l’était pas moins et qui aurait dû rencontrer un plus grand succès, mais hélas, les temps sont durs, les entrées sont molles (« Tout le Monde Aime Jeanne »). Autre comédie subtile qui aurait mérité le succès, « Le Monde après Nous » (Louda Ben Salah-Cazanas).

Le marivaudage bien de chez nous a trouvé son public avec l’indéniablement réussi dernier film de Mouret « Chronique d’une Liaison Passagère  ».

Plus grave mais pas moins délicat, « Les Enfants des Autres » (Rebecca Zlotowski) nous a rappelé que si nous n’avons plus Romy Schneider on a quand même Virginie Efira (on ne peut pas célébrer uniquement les morts, sauf à habiter une « chambre verte »).

La magie noire du cinéma ce fut notamment chez Dominik Moll qu’on la trouvât avec « La Nuit du 12  » et son questionnement perpétuel : « il y a quelque chose qui cloche entre les hommes et les femmes ».

Le cinéma comme théâtre de l’absurde n’a pas été oublié, qu’il soit poétique chez Dupieux (« Incroyable mais Vrai ») ou politique chez Kervern et Delépine (« En Même Temps »).

Pour ce qui est d’un cinéma comme scalpel des dysfonctionnements d’une société, Stéphane Brizé en transformant sans cesse son art parvient à portraiturer au plus près ses semblables écrasés par le système, en attendant la révolte (« Un Autre Monde  »). Emmanuel Carrère avec son « Ouistreham » joue dans la même cour, faisant montre d’un talent multiforme assez impressionnant la même année avec la sortie de son livre essentiel sur le procès des attentats du 13 novembre (« V13 »).

Plus encore ancré dans le réel on signalera deux documentaires, l’un plus glamour, celui que Charlotte Gainsbourg a consacré à sa mère, « Jane par Charlotte », et le très intense, « Pénélope, mon Amour » de Claire Doyon. Des histoires de mère et de fille, de ce qui se trame, de ce qui se lie, se défait, se perd.

On a manqué d’exotisme, mais cette « Conspiration du Caire  » nous a bien baladés, au propre comme au figuré.

Pour finir, James Gray qui, s’il verse - probablement à juste titre - dans un pessimisme de plus en plus profond, le fait avec une élégance de forme et de fond qui le met très au-dessus du reste de ses semblables hollywoodiens (« Armageddon Time »).

Sinon, on m’a demandé comment je faisais pour voir autant de films. C’est assez simple, je vais au cinéma (et sûrement pas assez).

« Nope » Jordan Peele
« L’innocent » Louis Garrel
« La Conspiration du Caire » Tarik Saleh
« Armageddon Time » James Gray
« Tout le Monde Aime Jeanne » Céline Devaux
« As Bestas » Rodrigo Sorogoyen
« La Nuit du 12  » Dominik Moll
« Incroyable mais Vrai  » Quentin Dupieux
« Un Autre Monde » Stephane Brizé
« En Même Temps » Gustave Kervern et Benoit Delépine

Sébastien Bourdon

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