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« Hantise (Gaslight) » de George Cukor (1944)
mardi 14 avril 2026, par
Hit the Lights
Paula (Ingrid Bergman), apprentie cantatrice charmante et naïve, a fui Londres pour l’Italie, après le mystérieux assassinat de sa tante. Elle y rencontre un pianiste tout en onctuosité (Charles Boyer), qui la séduit et l’épouse, avant de la convaincre d’opérer un retour dans ses pénates, dans la demeure même où le crime a eu lieu.
L’homme qui fut d’abord si prévenant a tôt fait, une fois installé dans la coquette demeure, que d’user de divers stratagèmes pour convaincre progressivement sa jeune épousée qu’elle souffrirait de pathologies psychiques sérieuses.
Coupée du monde, enfermée chez elle, Paula finit par s’en convaincre et progressivement - à l’instar de l’éclairage au gaz que son mari diminue sans cesse - sombre dans un état dépressif.
Ils ne sont pas si nombreux les films à avoir marqués l’histoire au-delà du cinéma, jusqu’à être à l’origine, plus de quatre-vingts ans après, d’une expression entrée dans le langage courant.
En effet, le titre original en anglais - « Gaslight » - est à l’origine de la tournure, comme du concept, de gaslighting pour décrire une situation de manipulation mentale. Avec le temps et l’évolution des mœurs, le film comme le terme ont fini par précisément caractériser l’emprise toxique exercé par un homme sur une femme, avec la volonté manipulatrice de la soumettre complètement.
L’œuvre de George Cukor, massive et hétéroclite, trouvait une cohérence - selon Tavernier et Coursodon - dans l’intérêt porté à des motifs récurrents : « illusion et réalité, vérité et mensonge, vie du théâtre et théâtre de la vie ».
Nulle surprise alors dans l’intérêt porté par le réalisateur à l’adaptation de la pièce éponyme de Patrick Hamilton (1938), ce qui s’y tramait était dans ses appétences.
Le film présente donc le double intérêt de ses indéniables qualités filmiques et de ce qu’il a ensuite été largement utilisé pour nourrir une réflexion féministe (et même au-delà).
Nous ne touchons toutefois pas ici au meilleur de Georges Cukor. Si l’histoire penche plutôt du côté d’Alfred Hitchcock (« Rebecca » - 1940) ou Fritz Lang (« Le Secret derrière la Porte » - 1947), elle demeure par trop lisible et prévisible.
Restent une photographie et une sonorisation magnifiques, et une Ingrid Bergman toute en coiffures complexes, mais à la présence magnétique.
Sébastien Bourdon