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« Tout Simplement Noir » de Jean-Pascal Zadi et John Waxxx

mercredi 15 juillet 2020, par Sébastien Bourdon

Back in Black

Jean-Pascal Zadi nous prévient d’entrée, il est « un noir en colère ». Comédien raté, il entretient sa micro célébrité contemporaine par des pastilles vidéos sur YouTube dans lesquelles il enchaîne quelques provocations comiques sur l’esclavage et le sort des noirs. On le découvre dans sa cuisine, expliquant son propos engagé à une équipe de télévision, pendant qu’en arrière-plan son épouse - blanche - râle de son incapacité à assumer les tâches quotidiennes (Caroline Anglade).

Ladite équipe de journalistes, que nous ne verrons jamais mais qui sera notre regard tout du long, va donc filmer les tentatives maladroites et non assurées de Jean-Pascal de fédérer des participants célèbres à sa marche noire, prévue le 27 avril, date anniversaire de l’abolition de l’esclavage. Nous croiserons ainsi tous les beautiful people français et noirs, de Fabrice Eboué à Joey Starr en passant par l’inégalable et inégalé Eric Judor (mais aussi Mathieu Kassowitz !).

Se succèdent à l’écran toute ces figures célèbres de notre pays pour des séquences drôles et grinçantes où est progressivement et inéluctablement dynamitée le concept même d’une communauté noire.

Jouant de la naïveté un peu crétine de son protagoniste, les cinéastes (Zadi himself et John Waxxx) vont ainsi permettre aux femmes de dénoncer sa phallocratie, aux antillais son africanisme, aux métisses la complexité de leur origine etc. Un rappeur à la fibre écologiste va l’attaquer sur l’inanité de la compétition des luttes, les arabes se fâcheront de ne point participer à une marche contre la ségrégation, concept qu’ils ont pour ainsi dire inventé en France, mais laisseront entrevoir une possible unité dans l’antisémitisme (scène hilarante).

Souvent clownesque, toujours dépassé, confronté à des questionnements probablement un peu au-dessus de son bagage intellectuel, Jean-Pascal fait un personnage voltairien exemplaire, évidemment candide.

Sous l’aspect comique, le film se refuse remarquablement à la charge démagogique, accepte et intègre la complexité du monde pour mieux l’embrasser dans son entièreté.

On pourrait reprocher la forme - une série de sketches qui ne parviennent finalement jamais à complètement dessiner le personnage principal - mais c’est somme toute très bien filmé et certaines scènes sont exemplaires (notamment les deux confrontations avec la Police).

Cette comédie se révèle alors un paradoxal « feel-good movie », parce que à contre-courant des courtes vues manichéennes contemporaines, par un salutaire refus de l’enfermement idéologique.

Au contraire de son personnage, le Jean-Pascal Zadi auteur et réalisateur délivre en filigrane un message fondamentalement universaliste : il ne connaît qu’une communauté, celle de la République.

Sébastien Bourdon

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