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« Thérèse Raquin » - Emile Zola (1867)
lundi 13 juillet 2026, par
Les Démons
Au fin fond du sombre et humide passage du Pont-Neuf, se trouve une mercerie où Thérèse s’ennuie, auprès de Camille, son mari falot, et de sa tante, Madame Raquin.
Surgit un jour dans la boutique un dénommé Laurent, ami de son époux, parfait fumiste de son état, mais diablement séduisant, épaules larges et sourire enjôleur.
Thérèse ne tarde pas à lui céder, et les amants de s’abandonner à une passion physique qui débordera même ledit Laurent, pourtant habitué à la luxure.
De leurs ébats jaillit une passion dévorante, et ils décident d’assassiner Camille, pour ne vivre que d’amour et de rente.
Si les histoires d’amour finissent mal, les histoires d’assassinat aussi, tout est donc ici réuni pour que cette histoire de chair finisse dans le sang et les larmes.
« Thérèse Raquin » est le quatrième roman d’Emile Zola, et si on le trouve encore aujourd’hui dans toutes les bonnes librairies, il fut sévèrement éreinté par la critique en 1867, allant jusqu’à le qualifier de « littérature putride » (Ferragus).
Il ne faudra effectivement pas s’attendre ici à une évocation toute en froufrous et crinoline de Paris (mais aussi Vernon et Saint-Ouen) à la fin du XIXème siècle.
Tout le monde ou presque est abject, uniquement préoccupé de soi et de ses passions tristes, sans ambition intellectuelle, ne pensant qu’à son petit confort. Zola cherche la bête en chacun, les bas instincts, comme un scientifique étudiant un bacille dans un bouillon de culture.
Peu importe la question de la moralité à l’auteur, ce dont on lui a d’ailleurs fait grief : « j’ai simplement fait sur ces deux corps vivants le travail analytique que les chirurgiens font sur des cadavres ».
Et c’est ainsi que la lecture du roman finit par ressembler à une autopsie : elle nous fait traverser au plus profond l’enveloppe corporelle pour entrer dans la mécanique implacable des organes.
Une littérature dont on ne sort pas tout à fait indemne.
Sébastien Bourdon