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« Le Jardin des Finzi-Contini » de Vittorio de Sica (1970)

jeudi 9 avril 2026, par Sébastien Bourdon

Le Monde d’hier

1938, il est décidé d’interdire aux juifs l’entrée du club de tennis de la ville de Ferrare. Micòl Finzi-Contini (Dominique Sanda), ravissante jeune femme, décide alors d’accueillir certains de ces brusquement devenus parias pratiquer ledit sport à l’abri des hauts murs de la propriété familiale.

Las, s’ils font quasiment partie de l’aristocratie locale, les Finzi-Contini n’en sont pas moins juifs et donc menacés par la violence de l’histoire qui gronde au-delà de leurs grands arbres.

Il est de bon ton chez le cinéphile de tous les pays que d’encenser ce film. Pourtant, même après plusieurs tentatives, rendues nécessaires par les scrupules, on persiste à trouver ce film empesé, noyé dans sa propre esthétique, incapable la plupart du temps de restituer les sentiments de ses personnages, comme la tragédie qu’il est censé traiter.

Tout semble factice, la photographie est aussi léchée que chez David Hamilton, et le casting international joue comme figé, phénomène accentué par le doublage, aucun comédien ou presque ne parlant la même langue dans la vraie vie.

On devrait à l’image voir flotter les cendres de la jeunesse enfuie et de la tragédie passée, pour finalement ne respirer que naphtaline et anti-mites.

On se demande où est passé le réalisateur néo-réaliste du « Voleur de Bicyclette » (1948) et de « Umberto D.  » (1952), entre autres chefs d’œuvres indiscutables, où l’âpreté le disputait à la sensibilité.

C’est d’autant plus regrettable que le livre de Giorgio Bassani ne méritait certainement pas un tel traitement. Ici, la délicatesse lettrée de l’écriture restitue jusque dans les détails sensibles les lieux et les caractères qui les habitent.

Si l’on exclut - après un incipit d’une profonde mélancolie étrusque - quelques pages un peu absconses en tout début de bouquin, rien n’est de trop, même et surtout dans les détails. En quelques phrases, vous voilà à Ferrare, dans cet univers élégant et raffiné que le fascisme et l’antisémitisme s’apprêtent à balayer.

Entre deux parties de tennis - être juif ici n’empêche pas de frapper joyeusement dans la balle jaune - Micòl à bicyclette emmène Giorgio, le narrateur épris, et nous avec, pour une promenade jusqu’aux coins les plus isolés d’un jardin immense et luxuriant (« une bonne dizaine d’hectares et les allées, grandes et petites, occupaient dans leur ensemble une demie-douzaine de kilomètres »). Un tel espace justifie bien d’y consacrer tant de pages, écrin qu’il est à une fascination amoureuse qui, cruellement, ne se concrétisera évidemment pas.

En attendant, chaque ligne parcourue nous ramène à cet espace fantasmé, imaginaire, mais dont la force d’évocation est telle que l’on finirait par croire que cette propriété existe réellement, et que d’aucuns ont connu ses habitants.

« Les choses, elles aussi, meurent, mon cher. Et alors, puisqu’elles doivent mourir, eh bien, mieux vaut les laisser mourir. De plus, cela a beaucoup plus de style, tu ne crois pas ? »

Sébastien Bourdon

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