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« La Femme de Trente Ans » d’Honoré de Balzac
mercredi 18 février 2026, par
Être Libérée (c’est pas si facile)
Pour qui s’attendrait là à une lecture compassée et un poil ringarde aux entournures pourrait être quelque peu déboussolé par la lecture de cet ouvrage sorti en 1842.
Dans la mesure où il fallut au grand homme douze ans pour l’achever, après en avoir publié des bouts sous différentes formes, ce ne sera pas sur les péripéties qu’il faudra se pencher, n’étant pas ce qu’il y a de plus convaincant.
Beaucoup plus intéressant est le fond de l’œuvre (et il est frais) : Balzac s’intéresse non sans crudité et cruauté au lamentable sort qui est fait des femmes dans une société patriarcale.
On découvre, à l’ouverture du roman, Julie de Chastillon au bras de son père, fascinée par la soldatesque napoléonienne et plus particulièrement par le colonel Victor d’Aiglemont. Le vieil homme voit ce qui se dessine, devine la nullité crasse du bonhomme et la probabilité d’un mariage qui tournera vite à l’aigre pour sa tendre fille.
Sa prophétie s’avère juste, et cette histoire de masculinité aussi dominante que minable va condamner Julie - comme ses semblables femmes - à une vie de frustration émotionnelle, enfermée dans l’institution mortifère du mariage bourgeois.
La plume de Balzac ne laisse guère de doute, quand bien même c’est l’héroïne qui libère son fiel - jusqu’aux oreilles d’un curé terrifié par la philosophie des Lumières - et le jugement est sans appel : la femme est la terrible victime d’un système d’asservissement sexuel, lui interdisant toute forme d’accomplissement amoureux et érotique.
Et le propos est d’autant plus senti qu’il est - évidemment - admirablement écrit :
« Telle est notre destinée, vue sous ses deux faces : une prostitution publique et la honte, une prostitution privée et le malheur. »
Cette violence n’en est pas moins tempérée par des pointes d’humour, des rappels à la grande Histoire, des évocations de lieux réels ou imaginés et de brusques envolées poétiques au-dessus de la misère médiocre de l’existence.
« La mélancolie se compose d’une suite de semblables oscillations morales, dont la première touche au désespoir, et la dernière au plaisir : dans la jeunesse, elle est le crépuscule du matin ; dans la vieillesse, celui du soir. »
Sébastien Bourdon