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« The Last Picture Show » de Peter Bogdanovich

dimanche 3 mai 2020, par Sébastien Bourdon

La Chair est Triste

Dans l’ouvrage de référence - « 50 ans de cinéma américain  » - les auteurs (Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon) font un sort expéditif au film dont il va être ici objet : « pesant, laid, confus, inspiré d’une thématique vaguement fordienne dont l’insistance finit par évoquer les plus mauvais moments de William Wyler » (critique sévère mais érudite).

Ne partageant pas l’analyse qui mène à cette exécution lapidaire, on se fend ci-après de quelques lignes pour défendre une œuvre qui n’a volé ni son succès, ni sa résistance au temps.

1951, Anarene, trou paumé au fin fond du Texas, des lycéens vaguement désœuvrés traînent leurs bottes poussiéreuses. On s’attache plus particulièrement aux pas des jeunes Sonny (Timothy Bottoms) et Duane (Jeff Bridges), jeunes garçons aux personnalités distinctes mais liés d’amitié.

Tout le monde cherche l’amour, mais il se réduit ici le plus souvent à des rapports sexuels maladroits, parfois jusqu’au sordide. Tout le monde semble coincé dans ce bled de l’Amérique des années 50, la voiture ne servant qu’à tourner autour, et à offrir un espace mobile pour vivre sa sexualité, si pathétique soit-elle.

Dans cet espace si peu peuplé, tout le monde finit par coucher avec tout le monde, ou a minima, tous sont parfaitement informés de qui couche avec qui. Le secret d’alcôve ne survit guère à la rumeur villageoise.

On n’épargne guère les sentiments de son prochain dans cette tentative charnelle d’échapper au quotidien. Tout le monde finit par être cruel avant d’être victime - ou l’inverse - : de l’amorale star de boum (Cybill Sheperd) au débonnaire ouvrier de forage (Jeff Bridges).

Cette sensation d’inachevé, cette quête d’une autre forme d’accomplissement émotionnel qui n’aboutit jamais, est parfaitement incarnée ici par les femmes qui ont dépassé trente ans, coincées entre des maris moches et des amants cruels (Cloris Leachman, Ellen Burstyn). Leur pendant masculin, Sam The Lion (Ben Johnson), propriétaire du billard miteux et d’un cinéma le plus souvent vide, ne rugit plus comme au temps de sa jeunesse, fantôme de lui-même, mais conserve sous sa mélancolie traînante le souvenir encore brûlant d’un amour vrai, comme étant la seule chose valable de l’existence.

Guère d’espoir donc dans ce film qui prend le risque de dépasser les deux heures pour narrer les mésaventures de cette troupe durant une année complète (d’une saison de football à l’autre). Le seul horizon des garçons perdus est la guerre de Corée, en attendant celle du Vietnam.

Film emblématique du Nouvel Hollywood, couronné par quelques Oscars en 1971, marquant le changement que traversait l’industrie à l’époque, l’œuvre a fort bien résisté au temps. Le noir et blanc est magnifique, cette beauté formelle venant d’ailleurs un peu atténuer la noirceur du propos.

Rarement film n’aura mieux illustré le propos de Nizan : « J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie.Tout menace de ruine un jeune homme : l’amour, les idées, la perte de sa famille, l’entrée parmi les grandes personnes. Il est dur à apprendre sa partie dans le monde. »

Sébastien Bourdon

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