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« Sur la Route de Madison » de Clint Eastwood (1995)

mardi 11 février 2020, par Sébastien Bourdon

Why don’t we do it in the road ?

Il n’est surtout pas interdit de revoir les films et parfois de reconsidérer son avis premier. Les films voyagent en nous, et il arrive qu’avec le temps on ne s’y reconnaisse plus vraiment.

S’il y a un cinéaste grand public qui nous a toujours plu, c’est bien Clint Eastwood. Une certaine figure de cinéaste et d’homme, plus ambiguë et complexe que ses détracteurs l’affirment, mais peut-être aussi trop indulgent envers lui-même et son art que ne le disent ses admirateurs.

Certains de ses films vieillissent bien mais parfois ce phénomène ne s’est joué que dans nos souvenirs et ne résiste pas à une nouvelle projection. Nous avons repris la route de Madison, 25 ans après, et on a frôlé la sortie de route, justement.

De mémoire, ce fut un succès critique et public en 1995, où nombreux furent ceux à se réjouir du retour de Clint aux histoires d’amour, genre qu’il affectionna dès ses débuts de réalisateur avec « Breezy » (cet opus de 1973 ayant d’ailleurs mieux résisté au temps).

Tout n’est évidemment pas à jeter dans ce qui est considéré aujourd’hui comme un classique (mais un classique à ranger aux côtés de « Pretty Woman » et « Dirty Dancing », je le crains).

Saluons tout d’abord et surtout ses interprètes, Meryl Streep en tête (Francesca). Bien que d’abord peu crédible en immigrée italienne qu’un soldat a ramené de Bari au sortir de la guerre, elle est finalement exceptionnelle en femme entre deux âges revigorée par le surgissement du sentiment et du désir.

Clint est comme toujours très bien, mais il y a quelque chose d’un peu gênant à se présenter soi-même si favorablement en baroudeur au cœur tendre, aussi sensible qu’érotique (dixit Francesca).

Lorsque le film est bien écrit, les parades de séduction des personnages donnent des scènes magnifiques, touchantes et drôles. Mais Clint manque vite de finesse, appuie lourdement ses effets. Trop de fondus enchaînés sur les corps aimants et dansants sur fond de feu de cheminée, et trop de musique. Sur ce dernier point, comment un garçon mélomane au goût aussi sûr a-t-il pu assommer à ce point son film avec une ritournelle franchement lourdingue.

Et puis, adaptée d’un livre qu’il ne faut sans doute surtout pas lire, l’histoire se révèle boiteuse quand il eut fallu largement élaguer. Ainsi de l’intervention récurrente des enfants découvrant l’aventure de leur mère après la disparition de cette dernière et qui se révèle dénuée de tout intérêt. Pas très bien joué, cassant le rythme et servant surtout à nous expliquer des choses qu’on avait déjà comprises (l’amour, c’est beau, c’est folie que de ne pas s’y abandonner), cela revient à surligner quelque chose qui est déjà écrit en majuscule.

Un film prometteur qui illustre au final parfaitement l’adage « qui trop embrasse mal étreint  ».

Sébastien Bourdon

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