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« Roulez Jeunesse » de Julien Guetta (2018)

dimanche 19 avril 2020, par Sébastien Bourdon

SOS Société

Alex (Eric Judor) est un bon gars, pas forcément très dégourdi, mais toujours prêt à rendre service. D’ailleurs, et la symbolique est presque trop évidente, il exerce la profession de dépanneur (automobile). La société qui l’emploie est dirigée par sa mère (formidable Brigitte Rouan), traduisant une relative difficulté à grandir chez cet éternel jeune homme de 43 ans.

Le fait qu’il soit serviable ne traduit pas qu’il soit efficace, pataud et vaguement velléitaire qu’il est, il se fait en réalité surtout rattraper par son incapacité à dire non. Et c’est ainsi qu’en chemin pour un repos bien mérité après une dure journée de labeur (et de confrontations à ses incapacités diverses), il se fait intercepter sur sa route par une jeune femme en panne. D’autant plus incapable de refuser sa demande d’aide qu’elle est jolie et assez directe, il va sans le savoir se jeter dans un nid d’emmerdements assez intenses.

Ce sur quoi il va tomber va l’obliger à se confronter aux autres certes, mais surtout à lui-même. Dire lâchement toujours oui a fini par l’engager vraiment et tout dépassé qu’il sera, il faudra bien qu’il renonce à l’esquive comme à la fuite.

Inutile de dévoiler trop d’une trame somme toute assez classique, évoquons plutôt l’aisance avec laquelle le film évolue dans le ton. Démarrant comme une pure comédie, avec un génie contemporain du genre pour la porter, le formidable Eric Judor, l’histoire évolue vers le drame avec une sensibilité sans failles.

Sans jamais cesser d’être vif et même toujours drôle, le film s’attarde sur les drames et les solitudes de ses protagonistes, exercice d’autant plus délicat qu’il s’agit d’enfants (ici finalement pris en charge par un grand enfant, ce qui est assez cohérent somme toute).

Cette délicatesse touche une forme de paroxysme dans une scène cinématographiquement particulièrement belle (et dont il ne faut point trop révéler la teneur). D’abord attachée à la course éperdue de l’homme après le chien, la caméra soudainement ralentit, recule et fait le choix de l’ellipse. Un silence à peine brisé par le grondement étouffé d’un train arrivant en gare.

Le film se termine en rase campagne, sur un départ avorté mais qui promet des lendemains qui chantent, là encore sans excès, tout en sobriété souriante.

Sébastien Bourdon

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