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« Rien ne Va Plus » de Claude Chabrol (1997)

mercredi 20 janvier 2021, par Sébastien Bourdon

Les Tricheurs

Victor (Michel Serrault) et Betty (Isabelle Huppert) sont deux arnaqueurs à la petite semaine (mais chics). Cultivant une forme de discrétion racée, au-delà même de ce qu’imposerait leur activité, ils s’expriment posément, portent beaux et se déplacent en camping-car propre et impeccablement tenu (précisons qu’ils disposent également de jolies pénates parisiennes).

Quelle est la nature réelle de leur rapport ? Elle n’est pas précisée. De simples amis, des proches, de la famille, des amants, actuels ou anciens ? Même l’idée d’un sentiment amoureux n’est qu’effleurée, et ces deux là n’ont jamais la proximité physique ou la familiarité de ceux qui ont mêlé leurs corps.

Tout est donc énigmatique, les liens entre les personnages comme les arnaques alambiquées, lucratives aux raffinements complexes.

Entre Victor et Betty impossible de savoir qui dit vrai. La triche et le mensonge constituent le ferment même de leurs rapports. Mais se trahissent ils vraiment ? Le cas échéant, est-ce que ce ne serait pas pour invariablement se retrouver, pour le plaisir du jeu, fut-il aussi périlleux qu’un coup de poker ?

Le film ne se dépare jamais d’une certaine légèreté, même lorsqu’il verse brusquement dans une plus grande violence. Les images sont plus crues, mais le ton s’il reste badin, n’en est que plus menaçant (Jean-François Balmer, glaçant).

Car nos deux escrocs jouent ici une partie un peu au-dessus de leurs carambouilles habituelles et se trouvent embringués dans une histoire qui menace jusqu’à leur vie.

Claude Chabrol sort pour ce film du carcan dans lequel on l’enferme parfois : la description acide des mœurs de province. Profitant de l’escapade géographique, le cinéma de Chabrol se fait plus esthète et il est ainsi indéniable qu’il se délecte des acteurs comme des paysages (la Suisse, les Antilles).

On est ici dans la comédie policière, avec des teintes d’humour anglais et de violence comme pouvaient les appliquer avec brio Alfred Hitchcock.

La douce mais ferme immoralité des protagonistes semble l’amuser énormément, de manière communicative. Chabrol maîtrise parfaitement son art et ce film à la subtilité modeste rappelle que la vie est un jeu, même s’il est parfois dangereux. Rien ne va plus, peut-être, mais en tout cas, après la promenade, rien ne change.

On dira quand même un mot de Michel Serrault. Sa présence et son jeu démontrent, si besoin était, quel acteur prodigieux il était et combien sa fin de carrière fut exceptionnelle (on peut le vérifier dans un tout autre genre avec le magnifique « Nelly et Monsieur Arnaud » de Claude Sautet - 1995).

Sébastien Bourdon

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