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« Némésis » de Philip Roth

dimanche 19 juillet 2026, par Sébastien Bourdon

The End

Auteur considéré comme immense et mondialement connu de son vivant, Philip Roth, avant de casser sa pipe en 2018, décida bien en amont que maintenant ça allait bien avec l’écriture et qu’il allait s’arrêter là. Et c’est avec l’ouvrage « Némésis », sorti en 2012, que se concluait cette aventure littéraire : une histoire américaine, une de plus, mais au ton un peu inhabituel.

Été 1944, on est collé aux basques de Bucky Cantor, jeune orphelin juif de 23 ans, athlète émérite, qui enseigne le sport aux enfants de la communauté de Newark. Bien triste de ne pouvoir être sur le front européen du fait d’être bigleux, il se rattrape en servant de son mieux la jeunesse du coin, fidèle à ses principes d’exemplarité et de droiture.

C’est alors qu’en pleine torpeur estivale la ville fait face à une soudaine épidémie de polio, laissant sur le carreau des gosses jusqu’alors en pleine santé. Un vent de panique, qui augure de devenir mauvais, souffle sur la communauté.

Cantor est un optimiste inquiet, un type qui croit fermement que si l’on fait les choses comme il faut, tout se passera bien. Et il s’accroche.

Si l’on adhère complètement au personnage, si loin puisse t’il être de soi, on se souvient très vite que cette histoire est racontée par un ashkénaze pessimiste qui ne croit guère à la maîtrise humaine des événements.

Roth glisse évidemment comme toujours ça et là des observations sur l’histoire américaine, de l’antisémitisme de toujours, jusqu’au massacre des indiens, dont la culture disparue sert de grotesque décorum ripoliné aux enfants des riches blancs dans leur camp de vacances.

La vision acérée de ses contemporains ressort également de cette description d’une crise sanitaire - logée dans le passé - qui ressemble à la crise COVID (que Roth ne connaîtra pas, puisque disparu avant).

Si ce livre fut l’ultime, on n’y sent ni l’usure, ni la lassitude, Philip Roth n’est pas une seconde un écrivain défait lorsqu’il met la dernière main à ce roman.

Sébastien Bourdon

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