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« C’est quoi l’Amour ? » de Fabien Gorgeart
mercredi 27 mai 2026, par
Qu’est-ce qui pourra sauver le film ?
Peut-on réellement qualifier d’œuvre cinématographique un objet aussi platement filmé et au contenu aussi creux ? On ne sait pas, mais malgré toute notre bonne volonté, notre potentielle sensibilité frôlant parfois la sensiblerie, et une certaine tendresse pour une bonne partie du casting, on ne s’est jamais départi de la sensation de se fader un vague téléfilm sur FR3.
Marguerite (Laure Calamy) a aimé Frédéric (Vincent Macaigne), ils se sont mariés et ont fait un enfant, Léa (Céleste Brunquell), avant de vite se séparer il y a près de vingt ans. Elle s’est depuis mise en ménage avec Sofiane (Lyes Salem), union dont est issue une autre jeune fille, Raphaëlle (Saül Benchetrit).
Son premier époux s’étant épris de Chloé (Mélanie Thierry), une cul-béni, Frédéric sollicite Marguerite pour entamer une procédure d’annulation de leur mariage religieux (leur divorce civil ayant été prononcé de longue date). Elle est bonne copine et accepte, mais très vite se lassera et s’exaspérera de l’absurdité comme du ridicule de la démarche.
N’empêche que le retour dans l’intimité passée qu’impose cette procédure amènera un certain trouble et divers questionnements, élargis aux membres de ces deux familles décomposées/recomposées.
La question - tarte, mais philosophiquement intéressante - que pose le film aurait pu amener à une œuvre singulière et ouverte. Las, chaque fois qu’on effleure l’ambiguïté et le trouble des sentiments, le réalisateur prend un soin pachydermique à écraser le propos par des scènes vaguement drôles et le plus souvent pathétiques.
On voudrait tellement et de manière obsessionnelle nous faire croire qu’elle est « plus belle la vie » que c’en devient rapidement insupportable.
Il y aurait pourtant eu tant de thèmes à traiter, creuser les animosités, approfondir les ambiguïtés, départir le tout de ces bons sentiments étalés jusqu’à l’écœurement.
Même la sexualité est ici invariablement chassée, toute possibilité en ce sens étant éradiquée par les événements : la jeune fille ne peut jamais accueillir son petit ami au domicile familial ; lorsque le couple Marguerite - Sofiane veut profiter d’une chambre d’hôtel romaine pour quelques galipettes bien méritées, il est interrompu dans son élan ; et bien que nue et désirante dans la piscine dudit hôtel, tout est organisé pour que les éventuelles attentes de Marguerite ne soient pas satisfaites.
Le propos est donc sans cesse étouffé, anesthésié, pour ne surtout pas risquer de déranger qui et quoi que ce soit, n’extirpant jamais le film d’une mortelle fadeur (tout modeste et sympathique soit-il).
Sébastien Bourdon