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« Le Choix des Armes » d’Alain Corneau (1981)

mercredi 17 mars 2021, par Sébastien Bourdon

History of Violence

La vie de Noël Durieux (Yves Montand), ex truand depuis longtemps rangé des voitures, a tout du rêve éveillé. Une femme belle et élégante (Catherine Deneuve, somptueuse), un haras au large de Paris, un personnel dévoué, des projets jusqu’en Irlande. Noël a renoncé à la violence et s’il se lève parfois encore au milieu de la nuit, c’est pour soigner une jument.

A l’autre bout du spectre, vient tout juste de s’échapper de prison dans la furie et le sang le jeune Mickey (Gérard Depardieu). Chien fou, il ne semble croiser sur son chemin que des hommes qui veulent l’abattre.

Hasard des rencontres, un complice de Mickey - mais de la vieille école - sérieusement blessé, lui demande de l’amener chez Noël pour se soigner. S’il a déposé les armes, il sait que ce dernier est un homme fidèle et qu’il accueillera les évadés.

Et c’est ainsi qu’en un havre de paix pénètre la guerre. Mickey se révèle vite incontrôlable, incapable de discerner ceux qui veulent l’aider de ceux qui veulent sa peau, et entraîne de facto tout le monde dans sa dérive.

Pris dans une spirale infernale, Noël, le vieux caïd qui a renoncé aux armes (son choix est donc d’abord de ne plus y avoir recours) va devoir retrouver Mickey. Pour ce faire, il va commencer par remonter aux sources, chercher d’où il vient pour mieux l’attraper, et finalement aboutir à le comprendre avec empathie (et réaliser que cette créature aussi incontrôlable que sensible est comme le fils qu’il n’a jamais eu).

Comme en miroir, la dualité générationnelle chez les brigands se reproduit chez les flics, dans un affrontement entre les Anciens (Michel Galabru) et les Modernes (Gérard Lanvin).

Cette quête de l’autre, qui se révèle une sorte de soi inversé, se fait au cours d’une plongée sans manichéisme dans la banlieue de la fin des années 70 (La Courneuve en l’espèce). Ce voyage vers les origines de la folie furieuse permet de réaliser quelles fleurs vénéneuses poussent sur le désastre socio-économique, mais reste inutile pour empêcher la tragédie à venir.

On pourrait entrer dans les détails du synopsis qu’on ne révélerait finalement pas grand chose de plus de la catastrophe programmée. Polar, film noir, appelons ça comme on veut, ce qui se passe à l’écran pourrait être qualifié d’archétype : une histoire d’hommes qui ne peut que mal finir, ce sera juste une question de proportions.

Mais le cinéaste Alain Corneau, s’il connaissait parfaitement son Jean-Pierre Melville, était également capable de donner à son histoire et à ses personnages épaisseur et sensibilité (avec une fibre sociale chez un homme indéniablement engagé). Ajoutons à cela une maîtrise du cadre et de la photographie qui ne gâtent évidemment rien.

Si éprouvante et palpitante soit la tension continue et parfaitement tenue du film, il ne s’agit donc pas de faire du spectateur le voyeur éventuellement complaisant de la brutalité. C’est toute l’élégance de ce film que d’adopter ainsi un langage cinématographique balisé pour mieux s’en extirper ça et là et laisser passer quelques observations sur l’état de la société (toujours pertinentes, car comme le chantait Trust déjà à l’époque : « y a que dans les HLM qu’ils ont toujours des problèmes »).

Sébastien Bourdon

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