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« La Planète des Vampires » de Mario Bava (1965)

dimanche 13 décembre 2020, par Sébastien Bourdon

The World is a Vampire

A la source d’Alien, même si Ridley Scott a tardé à le reconnaître, il y a ce film du spécialiste de l’effroi multicolore, l’italien Mario Bava. Seule incursion de ce dernier dans la science-fiction, ce film qu’il faut bien qualifier de série B penchant vers le Z, est en réalité une œuvre de pur enchantement.

Le pitch semble téléphoné, quand en réalité si souvent copié, il était précurseur : quelque part dans une lointaine galaxie, deux navettes spatiales se trouvent irrésistiblement attirées vers une planète inconnue. Une fois échoués sur ce territoire aussi inconnu que coloré, les navigateurs font face à différents phénomènes étranges et inquiétants, comme des surgissements de violence inexpliquée entre eux ou la renaissance des défunts.

Précision nécessaire : mystère de la traduction, point de vampires ici, mais plutôt des mort-vivants, ce qui fait que le titre français est parfaitement usurpé (en italien, « Terrore nello Spazio » est indéniablement plus adapté).

Amateurs de psychologie des personnages, de développements narratifs cohérents, passez votre chemin, on ne sait si cela s’est produit au tournage ou au montage, mais l’ensemble est quand même un peu bordélique. L’abondance de protagonistes qui meurent aussi vite qu’ils renaissent fait que l’on s’y perd un peu, et interdit l’émotion puisque sont éradiqués des gens que l’on n’a même pas eu le temps d’identifier. Nos infortunés spationautes initient par ailleurs des actions qu’ils ne terminent pas ou dont on ne découvre jamais la cause ou les effets. On pourrait s’amuser à relever toutes ces incohérences, mais miraculeusement elles ne privent le film ni de son intérêt, ni de son charme.

Car ce sur quoi repose l’œuvre, c’est sa beauté pop absolue. Mario Bava a réalisé ce film pour 20 000 dollars, et l’on ne devine pas une seconde cette pauvreté de moyens à l’image tant la créativité est débordante. Aucune impression de cache misère, il ne s’agit pas de masquer l’indigence mais de faire de chaque plan un petit miracle de cadrage coloré et inventif.

Des costumes aux décors en passant par les angles de prises de vue, l’œil est sans cesse interpellé, dans un bonheur visuel continu.

Mathieu Kassovitz évoquait récemment les cinéastes de cette génération comme « des artistes et des artisans ». Il est difficile d’imaginer propos plus pertinent s’agissant de Mario Bava.

De manière plus globale, comment ne pas être fasciné par l’incroyable diversité créative qui a gouverné le cinéma italien durant l’après-guerre et jusqu’à la fin des années 70. Qu’il s’agisse de films sociaux, de comédies, de drames, de westerns ou de films d’épouvante, des réalisateurs (Visconti, Fellini, Risi, Pietrangeli, Leone, Argento... la liste est trop longue) ont produit une quantité incroyable de chefs d’œuvre, sur des musiques enchanteresses (Nino Rota, Goblin, Morricone etc.). Ce pan immense et fondamental de l’histoire du cinéma, cette parenthèse enchantée, est à arpenter sans relâche.

Sébastien Bourdon

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