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« La Mouche » de David Cronenberg (1986)

lundi 1er février 2021, par Sébastien Bourdon

Politique de l’Insecte

Seth Brundle (Jeff Goldblum) est un obscur, mais brillant, scientifique en train de finaliser dans le secret de son laboratoire une machine pouvant téléporter des êtres vivants. Il rencontre Veronica, une journaliste (Geena Davis) venue l’interviewer dont il tombe instantanément amoureux. Mû par les élans du cœur (que la raison ignore), Seth s’emballe une peu vite sur ses travaux et ce jusqu’à la catastrophe.

Si l’on synthétise, comme le fait philosophiquement le personnage principal dans un ultime moment de lucidité : c’est l’histoire d’un insecte qui rêve qu’il a été un homme et qui a aimé ça.

Si l’on extrapole : il s’agit là peut-être de la meilleure adaptation de Franz Kafka - sans en être une - avec « Le Procès » d’Orson Welles (1962) - qui en était une (adaptation de Kafka).

Cela reste une histoire assez simple, qui pourrait faire l’objet d’une pièce de théâtre, contenant effectivement ce qu’il faut d’unité de temps et de lieu. Un homme rencontre une femme, ils s’aiment, il tombe affreusement malade, comment cela va t’il finir (scoop, et ce n’est même pas un spoiler : mal).

Au risque de poursuivre avec une chronique blindée de références jusqu’à saturation, impossible de ne pas penser ici également à « Elephant Man » de David Lynch (1980). Que dit notre apparence physique de nous-mêmes, nous rend-elle lisible aux autres, révèle t’elle ce que nous sommes ?

La question est d’autant plus fondamentale en l’espèce que le film traite d’une transformation/fusion physique radicale et destructrice (on peut y voir une parabole du vieillissement : de la puissance érotique à la décrépitude).

Le film pose plus de questions qu’il n’en résout, optant finalement pour une issue terminale (et romantique) afin de faire taire enfin les tourments de l’âme (et du corps, du moins ce qu’il en reste).

C’est donc un rêve - amoureux et scientifique - qui vire au cauchemar : la séparation de ceux qui s’aiment étant doublée d’un échec de la créativité humaine aussi grand et terrible que celui du Prométhée moderne (Frankenstein donc).

Sur la forme, ce seul réel succès commercial de son auteur reste assez gore, mais c’est pour mieux illustrer le propos (et accessoirement appâter le chaland). David Cronenberg y rappelle cette appétence naturelle chez lui en apparaissant en obstétricien dans une séquence de cauchemar, donc littéralement dans le rôle de celui qui aide à accoucher de l’abomination.

Rien d’étonnant à ce que le cinéaste canadien ait ensuite poursuivi cette quête de la compréhension des ressorts monstrueux de l’âme en réalisant notamment et bien plus tard un remarquable opus sur Freud : « A Dangerous Method » (2011).

Sébastien Bourdon

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