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« Get Out » de Jordan Peele (2017)

dimanche 31 mai 2020, par Sébastien Bourdon

I can’t breathe

Hasard de la programmation de mon ciné-club confiné et familial, nous avions ouvert le bal avec « Devine qui vient dîner ? » (Stanley Kramer - 1967) et l’avons plus ou moins conclu, deux mois et demi plus tard, par « Get Out » (Jordan Peele - 2017).

Film encensé par la critique lors de sa sortie - et à juste titre - on était toutefois un peu réticent, car froussard, à se plonger dans ce « thriller horrifique ». Le film achevé, on se retrouve la tête en feu, en proie aux vertigineux et passionnants questionnements qu’ouvrent cette œuvre surtout pas mineure.

Deux évidences d’abord : c’est un grand film politique, et un remake à peine caché du film de Stanley Kramer sus évoqué plus haut.

En effet, l’histoire est la même, à cinquante ans d’écart : une jeune fille blanche va présenter à sa famille blanche, bourgeoise et progressiste son fiancé noir. Si dans l’opus des années soixante, les parents ont la bienveillance maladroite de Spencer Tracy et Katharine Hepburn, leur version contemporaine cultive une bonhomie qui devient rapidement inquiétante (Bradley Whitford et Catherine Keener).

En effet, on est ici dans un film d’épouvante, et l’accueil chaleureux de la famille Armitage, comme leur apparente ouverture d’esprit - inévitable admiration revendiquée pour Barack Obama - cachent de biens sombres desseins.

Pour immédiatement situer son propos, le film commence par décrire caméra au poing la panique gagnant progressivement un jeune homme noir qui cherche, seul et de nuit, son chemin dans une coquette banlieue blanche (et évidemment ça finit mal). Ce renversement des perspectives habituelles nous plonge dans un film qui, avec la modestie du film de genre, va littéralement et brillamment faire un état des lieux. Amérique : comment ça va avec la douleur ?

Aussi brillant sur le fond et sur la forme, porté par un humour noir et grinçant, le film affirme sans bonhomie que dans les États-Unis d’aujourd’hui, les noirs ne peuvent compter que sur eux-mêmes face à une élite blanche aussi machiavélique que malfaisante.

Le film va ainsi assez loin dans l’idée de ce qu’incarnerait pour la société le corps noir : il ne serait perçu que de manière caricaturale, comme un danger ou un fantasme sexuel, deux faces d’une même pièce, clichés dans lesquels on l’enferme et qui sont mortifères.

Cinquante après le film de Kramer, l’Amérique gentiment Démocrate semble avoir ici perdu la lutte pour les droits civiques, constat d’autant plus amer qu’elle a eu depuis un Président noir. L’actualité la plus récente ne semble hélas pas franchement propre à contredire le propos de Jordan Steele. Tout est dans le titre, la seule chose qui reste à faire serait de s’enfuir.

Sébastien Bourdon

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