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Genesis, The Last Domino ? - Paris La Défense Arena, le 16 mars 2022

jeudi 17 mars 2022, par Sébastien Bourdon

A la sortie du RER, tout le long de la voie qui mène à la salle, chaque bar joue du Genesis, c’est un monde merveilleux, au moins pour un soir.

Mais puisque c’est la fin, revenons brièvement au début. Un soir de 1983, mon père rentre avec une K7, le nouvel album d’un groupe que je découvre, Genesis. Pourquoi est-ce que je me remémore encore si vivement cette K7, jusqu’à me souvenir même du moment où je l’ai extraite de son cellophane ? Toujours est-il que glissée dans l’appareil, elle me balance directement « Mama » et ses nappes sombres de synthétiseur, le minimalisme de son instrumentation, soudainement brisés par le rire sardonique de Phil Collins et la puissance de sa frappe à la batterie. Lorsque l’on sait que l’on va enchaîner directement avec « That’s All » puis le diptyque « Home by the Sea », c’est l’évidence d’une musique pour la vie qui nous a été offerte ce soir là.

Cette tournée d’adieux - avec un point d’interrogation néanmoins : « The Last Domino ? » - ne verse pas dans la nostalgie, il s’agit de jouer encore et toujours cette musique pour aujourd’hui, jusqu’au dernier souffle. A une seule exception franchement mélancolique toutefois, la projection en fond de scène pendant un titre des tranches de K7 de leurs albums. Moment esthétiquement superbe - comme tout le spectacle - et délicatement sentimental.

Ce qui nous amène au concert en lui-même, comme venant fermer un chapitre d’une vie où la musique compte tant, et celle-là en particulier. Les craintes de souffrir de la vision d’un Phil Collins claudiquant, ayant échangé les baguettes contre une canne, à la voix chevrotante, se sont vite évaporées. Ce n’est plus le Phil d’antan, et c’est un monde bien triste que celui où il ne peut plus jouer de batterie, mais même diminué il reste cet homme drôle, humble et généreux qui ne quittera donc la scène qu’avec l’élégance qui caractérise les grands artistes.

Le chant peine certes un peu au début, mais progressivement le coffre revient, et porté par un orchestre qui survole la scène pop depuis des lustres, cela reste, avec de jolies nuances liées au temps qui a passé, un concert de Genesis dans toute sa munificence.

Saluons l’exceptionnelle prestation du fils Collins, Nic, qui avec l’énergie de ses vingt ans, a su remplacer avec grâce et puissance son père et son habituel suppléant, Chester Thompson. Une histoire de transmission donc, sur scène comme pour nous dans la salle.

Sont ressorties il y a peu, avec un son impeccable, des images d’un concert de Genesis au Bataclan le 10 janvier 1973. De l’équipe d’origine, il n’en reste aujourd’hui que trois, mais cela se voit à l’image, ces fougueux jeunes gens ne pouvaient que conquérir le monde avec la fraîche insolence de leurs immenses talents. Ainsi de Tony Banks que les compétences de mélodiste, d’arrangeur et de pianiste ont mis pour toujours très au-dessus de la mêlée embourbée dans le chaos radiophonique.

Pour ce dernier tour de piste, on a tout aimé, jusqu’à même joyeusement apprécier les « I Can’t Dance » et les « Invisible Touch ». Mais comment surtout ne pas être proprement bouleversé par un « Fading Lights » - même amputé de sa partie instrumentale, remplacée, excusez du peu, par celle de « Cinema Show » -, littéralement emporté par un « Duchess » que l’on n’aurait jamais imaginé entendre en vrai, franchement bluffé par une somptueuse version acoustique de « The Lamb lies down on Broadway » et enfin essuyer d’irrésistibles larmes sur l’enchaînement « Dancing with the Moonlight Knight » - « Carpet Crawl ».

Et puis, deux heures et demie plus tard, on a vu finalement s’estomper ce monde ancien, il s’est effacé avec un sourire, quittant la scène d’un pas mal assuré. Soudain, il s’est comme irrésistiblement retourné une dernière fois vers nous et a dressé le pouce pour nous lancer un ultime salut. Pour cette soirée, pour les autres, pour hier, aujourd’hui et encore demain, merci, et surtout merci pour la musique.

Sébastien Bourdon

Messages

  • C’est marrant ce que vous dites sur Mama, car je me souviens également très clairement de la première fois où j’ai écouté ce titre et de l’état dans lequel j’étais : circonspect et admiratif à la fois. Bref une claque. C’est la seule chanson dont je me souviens de la première écoute.

  • J ai toujours adoré ce groupe , même à l’époque où Peter Gabriel y était chanteur. J ai acheté les cumuls, les cassettes puis les CD… Je n habite plus en france et ça m a crevé le cœur de pas pouvoir assister à ce dernier concert . Mon frère y est allé et a filmé pour moi chaque chanson. J y étais un peu avec vous , c était magique.

  • Venu d’Alsace spécialement pour ce 1er concert (et donc dernier...) que j’attendais depuis des décennies ; je n’ai pu à de nombreuses reprises retenir mes larmes. non pas à cause de la fin d’un groupe, de chansons me rendant nostalgique, ou de la faiblesse physique et vocale d’un homme. juste de manière plus globale pour la fin d’un monde.
    j’étais très très enjoué et pressé de faire cet au-revoir, après 2 ans de restrictions pandémiques et malgré la crainte des faiblesses vocales de Phil (qui au final ce sont très vite estompées). Suis ressorti : tout autant sur un nuage (je flotte encore un peu 2j plus tard) qu’attristé ; me rendant compte qu’un monde (un peu innocent peut être) ayant duré depuis la fin de la WW2, touchait à sa fin. j’espère que nous irons tous bien et que nous pourrons continuer longtemps à rêvasser et chanter sur des titres de 20 mins. il en restera que ce fut le plus beau concert de tte ma vie et je ne saurais jamais remercier suffisamment ma chérie pour ce si beau cadeau.

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