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« Fargo » de Joël et Ethan Coen (1996) - ciné-concert par Fragments - espace 1789 le 15 février 2022

mercredi 16 février 2022, par Sébastien Bourdon

Il est devenu assez fréquent que de voir revisitée une œuvre du patrimoine cinématographique avec force instrumentation plus ou moins contemporaine. Une logique implacable fait le plus souvent se porter cet effort musical et créatif vers des films muets, qui trouvent dans cet accompagnement mélomane une nouvelle vitalité.

S’agissant de « Fargo », film plus récent (1996) et à la renommée aussi intacte qu’encore vive, l’exercice interrogeait : ces images si marquantes, cette atmosphère si prégnante, les envahir d’une musique composée a posteriori ne risquait il pas d’être contreproductif ? A t’on vraiment envie de voir ainsi triturée sa mémoire cinéphile ?

Tuons le suspense avec la même brutalité que celle pratiquée par le taciturne et violent Grimsrud (Peter Stormare) : aussi déconcertant que cela puisse parfois être, la qualité des compositions et l’interprétation du groupe Fragments (claviers, guitare, batterie) offrent une toute autre expérience et enrichissent une œuvre qui n’en avait pourtant pas besoin (le disque existe, il s’appelle « Songs for Marge »).

« Fargo » est en effet une sorte de film parfait : tout le long de la projection, il est impossible de ne pas jubiler intérieurement devant ce feu d’artifice de drôlerie, de cruauté, et même de beauté (on n’a pas souvent aussi bien photographié la neige).

Une conjuration d’imbéciles criminels poursuivis par une sorte de Miss Marple du Nord-Dakota, dans un paysage blanc comme une estampe japonaise, voilà pour le contexte.

Cette manière de portraiturer des crétins tutoie les sommets de la comédie italienne. On se croirait effectivement dans « Le Pigeon » (1958) de Monicelli puisque l’on retrouve chez les protagonistes cette formidable capacité à prendre toujours les mauvaises décisions, d’une manière invariablement réjouissante. A une nuance près, la violence terrifiante qui s’exerce ici, car du sang sur la neige, il va y en avoir.

L’humour noir est évidemment omniprésent, car aussi peu ragoûtantes que soient certaines scènes, on se marre. La comédie humaine se voit donc poussée à son paroxysme criminel, mais les frères Coen ne se placent pas pour autant en surplomb de leurs personnages. Personne ne parvient à être complètement antipathique, l’absurdité des comportements en devient presque touchante.

Évidemment, ce qui motive de la manière la plus sordide ces tristes sires, l’appât du gain, la rapacité, il faut que quelqu’un, même naïvement, nous rappelle à la fin du film que : « there’s more to life than a little money, don’t you know that ? »

Sébastien Bourdon

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