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« Ennio » de Giuseppe Tornatore

vendredi 12 août 2022, par Sébastien Bourdon

Pour Quelques Notes de Plus

Peut-on imaginer plus belle existence que celle du plus célèbre compositeur italien du 20ème siècle (et au-delà) : une vie faite de musique et de cinéma.

Ce documentaire fleuve (2 heures 30 tout de même) se penche longuement sur la vie et l’œuvre d’Ennio Morricone : la densité des deux justifie probablement la longueur du film, mais s’il est difficile de prendre en défaut la musique du maestro, l’on peut faire quelques reproches au film.

Ennio est né à Rome en 1928, fils d’un trompettiste, instrument qu’il adopta lui-même, avant de poursuivre la carrière que l’on sait (ou du moins que l’on croit savoir, le documentaire étant indiscutablement didactique).

Très vite, cet homme à l’allure timide et introvertie devient un rouage essentiel de la musique populaire des années 50 et 60 en Italie, ses talents phénoménaux d’arrangeur n’ayant pas tardé à se révéler. Il soigne ainsi les compositions d’autrui, quand il ne glisse pas les siennes, appliquant à la pop music ses expérimentations menées en parallèles, rythmiques et bruitistes.

Cette partie du documentaire se révèle tout à fait passionnante : les interventions de témoins de l’époque, encore admiratifs des surgissements de génie que pouvait apporter à la musique cet homme dont les notes semblaient jaillir en continu.

Il faut surtout écouter Ennio lui-même disséquer, sans affèterie, la manière dont il compose, comment lui viennent les idées, ce qui l’inspire, des menuets de Beethoven au crépitement d’une machine à écrire.

Dans ce film sur la musique on parle beaucoup mais on aimerait parfois en entendre plus (de la musique). Et même en voir plus, tant la musique de Morricone a porté des images mais est intrinsèquement porteuse d’images. En effet, quand bien même elle n’aurait pas illustré tant de films, elle porte un univers visuel complet, mais qui passerait par les oreilles.

Ennio Morricone savait faire entrer dans ses partitions - qu’il grattait fiévreusement à la main - tous les bruits du monde. Aux aguets du rythme des jours, il le transformait en une musique qui a ensuite fait vibrer le monde entier.

Autre reproche que l’on peut faire au documentaire : Tornatore se penche peut-être trop sur sa musique comme illustration de la violence mâle à l’écran (Leone, Corbucci, Argento), quand Morricone a écrit tant de choses diverses pour des œuvres variées qui ne sont que subrepticement évoquées.

La dernière partie du documentaire est complètement indigeste, toute en hagiographie dégoulinante (et en compositions musicales moins originales). Giuseppe Tornatore est un cinéaste médiocre au goût prononcé pour la guimauve et cela se ressent ici bien trop. Le dessert copieux est pourtant à éviter quand on a déjà eu antipasti, primi e secondi.

P.S. estival : le lendemain, le réveil fut matinal à Gaete, on est donc allés se baigner tôt. Pour la première fois du séjour, la musique jaillissant d’une guérite de plage n’était pas de la mauvaise disco contemporaine mais, oh surprise, du Ennio Morricone. Cela faisait une bien jolie “colonna sonore” pour débuter la journée.

Sébastien Bourdon

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