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Bertrand Tavernier (1941 - 2021)

vendredi 26 mars 2021, par Sébastien Bourdon

Il ne passe plus rien au cinéma depuis des mois et c’est ce monde étrange que Bertrand Tavernier a soudainement quitté.

Peu de cinéastes ont réussi cette incroyable prouesse que de réaliser autant de bons films à succès tout en ne cessant jamais d’écrire et de parler du cinéma.

Ainsi, avec un bouquin aussi essentiel que « Cinquante Ans de Cinéma Américain » (co écrit avec Jean-Pierre Coursodon) Tavernier a permis à tant de lecteurs cinéphiles d’accéder à des voies de traverse, à des correspondances et à des passages entre les œuvres.

Et si c’était de cela dont il a finalement toujours été question chez cet homme : ouvrir la voie, la parcourir en tous sens, remonter dans le temps et embrasser le présent, en espérant le futur.

Son cinéma faisait de même, se plongeant dans l’histoire tumultueuse de notre pays, sans jamais sombrer dans la naphtaline (« La Princesse de Montpensier  » - 2010) et sans oublier de témoigner du présent.

Ainsi, était-il capable d’aborder la question de la paupérisation des services publics (la Police dans « L. 627 » - 1992) ou celle de la violence sans discernement que peut générer une société gangrenée par le consumérisme (« L’appât » - 1995). La diplomatie internationale et ses vicissitudes sera l’objet de son dernier film et il choisira d’en rire (« Quai d’Orsay » en 2013, adaptation réussie de la BD de Christophe Blain et Abel Lanzac).

Revoir récemment « Capitaine Conan » (1996), film qui narre l’errance de soldats à l’issue de la Grande Guerre, permet de vérifier combien cet homme savait filmer ses semblables et l’histoire. Rarement film n’a mieux raconté la difficulté de finir une guerre, sur le terrain comme dans le cœur et le corps des hommes.

Dans ses films comme dans sa prose, il y avait toujours cette inextinguible soif de raconter, de partager, de témoigner, d’échanger.

C’était de surcroît un homme d’une grande modestie, tout passait par l’énergie et la passion. Ainsi, à regarder les heures d’entretien qu’il a pu consacrer à ses films comme à ceux des autres (les westerns de Boetticher, de Hawks ou de Toth) il est impossible de le surprendre tirant la couverture à lui, toujours là pour servir le travail d’autrui. Même ses propres efforts de cinéaste étaient narrés en riant, comme si la guerre que c’est que d’imposer son art et sa vision relevait de l’épopée drolatique.

Ce vieillard qui meurt, c’est une cinémathèque qui brûle. Et on ne peut ressentir qu’une profonde tristesse devant cet ultime incendie du cœur.

Sébastien Bourdon

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