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« Adieu les Cons » de Albert Dupontel

dimanche 1er novembre 2020, par Sébastien Bourdon

Run, Baby, Run

Suze Trapet (Virginie Efira) séduisante coiffeuse blonde quadragénaire, apprend de son médecin que, déréglé par les bombes de laque, son organisme a contracté une maladie auto immune et que ses jours sont comptés.

Cette annonce d’une fin si tôt si proche la renvoie à son passé et à un enfant qu’elle a abandonné à la naissance, jeune mère de 15 ans à l’époque. Elle décide de se lancer à corps perdu dans la recherche de ce fils.

Parallèlement, un cadre en informatique quinquagénaire (Albert Dupontel) apprend que sa promotion ne lui sera pas accordée, au profit de jeunes loups aux dents longues. Accablé par cette nouvelle, et par une existence probablement guère enthousiasmante, il entreprend de se suicider au bureau au moment où y débarque la dame Clapet. Cette tentative se révèle un désastre aussi sanglant que comique, et nos deux protagonistes entreprennent une course contre la montre, poursuivis par la maréchaussée.

Si le début du film se gausse gentiment des maux de l’époque, la suite, en se concentrant sur l’intrigue, se révèle plus convenue, même si indéniablement drôle.

Dupontel semble ainsi se refuser à la causticité, la laissant à la marge, nonobstant quelques virages narratifs brusques et inattendus, empêchant heureusement l’excès de mièvrerie qui souvent menace.

La réalisation est pleine de formes et de couleurs, donnant un film tonique et chatoyant, film que l’on aurait peut-être aimé moins sage, mais qui fait œuvre de divertissement de qualité de bout en bout et sans faiblir.

Sébastien Bourdon

Messages

  • Au passage, les spectateurs attentifs à la place de l’institution policière dans notre société ne manqueront pas de relever que, de bout en bout, la police est tournée en ridicule par les protagonistes, y compris au cours d’un entretien entre un médecin et sa patiente - où le médecin explique la notion plutôt complexe de maladie auto-immune en filant une métaphore autour des contrôles d’identité qui, iniques, se retournent contre la société et ses équilibres fragiles (ce n’est pas dit exactement comme ça par le toubib du film, interprété par Bouli Lamers, mais c’est comme ça que je le dis). Et le film s’achève par un "suicide by cops", où "cons" et "condés" se superposent dans un dernier spasme.

    Ainsi, dans un film destiné au grand public et réalisé par un auteur maintes fois césarisé, la mise à l’index de la police (de sa bêtise structurelle et individuelle, de ses armements - un des héros du film est aveugle suite à des tirs de flash-ball, de sa brutalité mais aussi de sa couardise) forme tout naturellement l’une des trames du rire et de la critique sociale. On dira donc : quel beau chemin parcouru par l’institution auprès de sa propre société !

    On assiste en allant au cinéma aujourd’hui à un vrai parcours du ridicule et du tragique de l’institution policière. Dans les années 60-70, le ridicule policier était centré sur une figure déjà archaïque : le gendarme rural, que la sous-dotation et la bêtise protégeaient de manière naturelle du risque de la violence. Trente ans plus tard, on voit cette scène inaugurale dans un autre film populaire, au succès planétaire, Intouchables : un chauffeur noir engage à l’invitation de son passager, richissime tétraplégique, une course-poursuite avec les policiers de la BAC nuit de Paris, pour les tourner en ridicule sur les bords de Seine.

    Ces quelques réflexions pour simplement lier les chroniques entre elles (la précédente traitait en effet de Un pays qui se tient sage).

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