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« The Mastermind » de Kelly Reichardt

lundi 30 mars 2026, par Sébastien Bourdon

Éloge de la Lenteur

Au début des années 70, James (Josh O’Connor), ancien étudiant en art, menuisier au chômage, traine dans le musée local de Framingham, Massachusetts, pour y commettre de menus larcins. Ces chapardages lui permettent sans gloire de probablement arrondir les fins de mois de sa famille.

Et puis vient évidemment l’idée de tenter un truc un peu plus gros, s’agissant de subtiliser quatre tableaux d’un peintre contemporain (Arthur Dove 1880-1946), à l’aide de pieds nickelés recrutés pour des compétences qu’ils n’ont probablement pas.

S’agissant d’un film de braquage, pas de surprise, ça va mécaniquement tourner en eau de boudin, enfonçant le protagoniste dans un marasme de plus en plus épais.

Simplement, alors que l’on pourrait s’attendre à des enchaînements de péripéties à 100 à l’heure, rien de tout cela ne se produit, on est chez Kelly Reichart. Il n’y a donc pas tromperie sur le contenu, c’est sur la mise en forme que l’on diffère.

Au diapason de ses personnages, la réalisatrice laisse en effet un temps qui s’écoule lentement organiser le désastre. Absent à lui-même, le héros n’est clairement pas promis à un grand avenir et va se faire fort de le démontrer, avec une nonchalance fatale (le titre du film est évidemment à prendre au second degré).

La réalisatrice américaine se frotte volontiers aux films de genre (et même au western avec « First Cow  » en 2019), pour le plaisir de les abâtardir avec un brio d’autant plus surprenant qu’il s’exerce sur un mode étouffé.

Tout semble atténué ici, paisible jusqu’au dépressif. Les couleurs sépias pourraient renvoyer à une certaine tendance passée du cinéma américain, à la mélancolie d’un temps plus heureux.

Mais Kelly Reichardt ne semble pour autant pas nostalgique, du genre comme de l’époque. Ainsi de ces évocations fugaces de la violence de son pays, policière et militaire, dont le héros semble se moquer comme d’une guigne, jusqu’à ce que, évidemment, elles le rattrapent.

Il est vrai que toutes les époques sont moches, et parfois même préparent la dégueulasserie à venir. Point de sentimentalisme malvenu ici, James va payer le prix fort de sa naïveté, si convaincu d’avoir tout bien pensé qu’il en avait oublié le réel.

Sébastien Bourdon

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