Accueil > Francais > Cinéma > « Alter Ego » de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine

« Alter Ego » de Nicolas Charlet et Bruno Lavaine

mercredi 25 mars 2026, par Sébastien Bourdon

Du Pareil au Même

Alex (Laurent Laffite) et Nathalie (Blanche Gardin) vivent une paisible vie pavillonnaire, quelque part dans une banlieue périurbaine française. Si ce n’est le regard inquiet de Monsieur, l’anxiété ne semble pas de mise dans ce ménage plan plan.

Les choses changent lorsque la maison mitoyenne de la leur accueille un beau jour de nouveaux voisins : Axel (Laurent Laffite encore) et sa femme Tatiana (Olga Kurylenko). Celui-là est comme le reflet inversé du premier arrivé. Il apparaît comme exagérément accompli dans à peu près tout ce qu’ils touchent, instillant chez Alex une paranoïa névrotique d’autant plus grandissante et féroce qu’il est le seul convaincu qu’Axel est son sosie… en mieux.

Axel est habité par une forme de mâle supériorité, acquise par un coup du sort qui ne frappe que ceux qui le regardent : à lui la potentialité de vous piquer, qui sait, votre boulot ou votre femme.

Sourd de là une inquiétude toute masculine, cet autre semblable plus beau et plus fort, toujours menaçant, quand bien même il ne semble jamais vous viser : il lui suffit d’exister pour sonner comme un rappel aux insuffisances de soi.

Et pourtant, la baudruche ne demande qu’à se dégonfler, il suffit de trouver la valve (ou d’y faire un trou).

En réalité, le film embrasse bien plus et épouse cette angoisse généralisée de l’herbe plus verte chez le voisin. Névrose ne pouvant que se développer dans une société que l’obligation sociale égotiste de se montrer transforme en civilisation de surveillance globale.

On ne voit pourtant chez les voisins que ce qu’ils veulent bien nous montrer, ils ne sont finalement pas si différents de nous. Ils peuvent même dissimuler de lourds secrets, car c’est bien l’essentiel qu’on ne voit plus.

Sans abuser d’effets et sans retombée de tension, le film se tient jusqu’à extinction des feux. Par une habileté d’écriture, le ressort narratif ne casse jamais et, sans esbroufe, les péripéties maintiennent dans un bel ensemble une œuvre qui aurait pu se perdre assez vite dans son délire.

On rit beaucoup, parfois en grinçant des dents, on flirte avec l’étrange et l’onirisme, tout en gardant un œil vif et pertinent sur l’époque, c’est un sacré tour de force qu’ont accompli là les deux réalisateurs.

Il fallait pour ça un comédien solide, et Laurent Lafitte pratique ici parfaitement une sorte de double jeu qui est un autre.

Sébastien Bourdon

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.