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« Les Choses de la Vie » - Paul Guimard (1967)
mardi 21 juillet 2026, par
Les Choses en Face
C’est l’histoire d’un bête accident de la route, une MG qui va finir dans un champ à pleine vitesse. Pierre, avocat renommé, revient d’audience, il conduit vite, écoute Charles Trenet, se perd un peu en digressions et réflexions, ignorant de la probable mort qui vient. En parallèle, un narrateur décrit cliniquement les circonstances et conséquences de l’accident.
L’adaptation par Claude Sautet a probablement fait un peu oublier le livre dont le film est tiré. Tout est pourtant parti de là, mais le cinéaste a pris beaucoup de libertés avec le texte d’origine, rendant la courte lecture de l’ouvrage tout aussi passionnante et intense.
La trame est similaire, et pas seulement pour une question automobile : on trouve là aussi une Hélène à qui est écrite une lettre qu’il ne faudrait finalement pas qu’elle lise.
« On devrait brûler toutes les lettres de ce
genre. Elles mentent toutes par anachronisme. Elles témoignent d’états d’âme ou du cœur trop mouvants pour n’être pas périmés, contredits à l’instant même où l’on trace la dernière phrase. »
Toutefois, le texte en son cœur se focalise plus précisément sur l’accident de la route et sur ce qui passe par la tête du protagoniste, avec la dispersion qui caractérise un flot de pensées.
Vont ainsi se croiser un récit à la première personne et une narration éprouvante et quasi journalistique du crash, observant les gens alentours et ce qu’ils ressentent. Le contraste entre ces deux écritures ne déroute pas, créant une forme affreusement tangible à la violence de ce qui se passe, avant de revenir aux divagations du conducteur, fulgurances poétiques ou caustiques sur sa vie, alors qu’elle lui échappe.
Le livre fait également en creux le portrait d’une civilisation de la vitesse, mue par une urgence qui n’existe pas vraiment, mais qui s’impose mécaniquement aux conducteurs de bolides. Tuer le temps au risque qu’il vous tue, plus vite.
« Je voudrais fumer une cigarette. Non, je voudrais surtout allumer une cigarette et la porter à ma bouche et savoir que j’appartiens encore au monde que je connais ».
Sébastien Bourdon