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« Autofiction » de Pedro Almodovar
jeudi 11 juin 2026, par
Fusion-absorption
De nos jours, Raùl, un réalisateur en panne d’inspiration (Leonardo Sbaraglia), imagine vingt ans en arrière une réalisatrice, Elsa (Bárbara Lennie) - également en panne d’inspiration - cette dernière décidant de piocher sans vergogne dans la vie de ses proches pour y trouver matière filmique.
Évidemment, et le titre français du film semble le confirmer, en grand ordonnateur du tout, il y a un autre réalisateur aux mêmes méthodes et angoisses, Pedro Almodovar lui-même.
L’emboîtement des histoires se fait très vite limpide, et on saisit parfaitement la matérialisation à l’image d’un travail d’écriture en cours de fabrication.
Une fois de plus, pour accompagner sa narration, le maître de cérémonie espagnol livre une partition esthétiquement intouchable, avec cet art consommé du plan pris dans une symphonie changeante de couleurs (avec un accompagnement musical ad hoc).
On ne le prendra donc encore pas cette fois en défaut : visuellement, il persiste à boxer dans une catégorie très supérieure.
S’agissant du thème, l’inquiétude de l’artiste est dans l’air du temps (ceci dit, l’inquiétude est un sentiment globalement assez bien partagé). L’inspiration vue comme une oxygène qui pourrait toujours s’amenuiser, avec pour corollaire les affres de la création comme éternelle damnation.
Il faut alors pour écrire puiser sans vergogne dans le réel, au risque de déplaire ou fâcher, mais en s’en moquant comme d’une guigne. C’est ainsi que Philip Roth disait « que quand un écrivain naît dans une famille, alors cette famille est foutue ». L’assertion peut ici s’étendre aux relations intimes comme professionnelles, ce que semble suggérer le cinéaste espagnol, tant les tensions vont aller bon train dans l’entourage au fur et à mesure de l’avancée de la rédaction.
On pourra toutefois sur ce coup trouver Pedro Almodovar un peu trop figé pour convaincre, les souffrances de ces plus ou moins jeunes cinéastes - celles qui les traversent, comme celles qu’ils infligent - nous tiennent le plus souvent à distance (quand bien même l’humour et la dérision jaillissent ça et là).
Reste la mise en abîme d’un questionnement artistique vital, ce qui n’est pas non plus négligeable et donne peut-être envie de revoir le film pour en apprécier plus la tenue et la profondeur.
Surtout, il n’est pas interdit de préférer le cinéma à la vie, et de ne point tenir rigueur à ceux qui parviennent à la capturer si fermement en une écriture qui se tient en vingt-quatre images par seconde.
Sébastien Bourdon